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#2 Jeanne Moreau – Quelle histoire (1970)

Les bals du vendredi soir, c’est souvent la même histoire. Surtout Chez Oscar. Vers 20h30, il n’y a pas grand monde pour se réchauffer. Entre les tables en formica, il n’y a guère que trois ou quatre chevilles dansantes. Et puis, abruptement, sur les coups de 10 heures et demi, après la première séance de ciné de la soirée, arrive une foule bigarrée. On se frôle. Puis, rapidement, on se touche. Pupille contre pupille, on crée des malentendus. Surtout que ce soir, Oscar (qui s’appelle en réalité Bernard) a décidé de mettre des chansons brésiliennes. Il ne nous aide pas, le bougre! S’en suivent les allers-retours au bar, le jeu du chat, pas celui du patron, et les réglisses de minuit pour calmer les boulimies soudaines. Enfin, le dernier métro de 1h00, et le réveil dans d’étranges draps verts pomme à 11h00. La même histoire, mais quelle histoire.


Paroles : Jeanne Moreau
Musique : Antoine Duhamel
Album : Jeanne chante Jeanne
Label : Polydor
Sortie : 1970

La piste en une punchline : « Cet homme-là me déshabille, ce soir mon corps sent la vanille. »

00.01’s : la piste a à peine commencé qu’une irruption immédiate de percussions métalliques nous amène mentalement dans une boite à samba brésilienne (merci Bernard!).

01.22’min : une flûte prend le relais et répond au charisme de la voix suave et nasillarde inimitable de Jeanne Moreau qui fait toujours des merveilles sur la piste.

03.07’min : « oh oh oh quelle histoiiiree !  » Jeanne Moreau double son refrain pour tenter de mettre fin à son histoire, mais « c’est trop tard », la piste brûle et la cachaça colle au carrelage.

Veuillez lire attentivement cette notice avant d’écouter cette piste car elle contient des informations complètement subjectives mais néanmoins importantes pour vous. Gardez cette notice, vous pourriez avoir besoin de la relire. Cette piste vous a été personnellement prescrite. Ne la faites pas écouter à quelqu’un d’autre. Si vous ressentez un quelconque effet indésirable, baissez le volume.

« Oula, ma pauvre tête! »

Dans quel cas cette piste peut-elle être écoutée ? 

Quand on se réveille à 11H00 le samedi matin la bouche pâteuse et qu’on ne se rappelle plus avoir acheté des draps verts pomme. 

Comment écouter cette piste ?

Allumez la piste. Levez-vous tranquillos et dirigez-vous vers la salle de bain. Préparez vous un bon petit évier d’eau glacée. Plongez-y la tête la première. Retournez dans la chambre. Vous souvenez-vous maintenant avoir acheté des draps verre pomme, oui ou non ? Et d’ailleurs, cet appartement, c’est le vôtre ?

Comment se fringuer pour écouter cette piste ? 

Question délicate. A moins que vous ne soyez extrêmement prévoyant, vous avez encore sûrement sur vous les habits de la veille. On est sympas, on vous en tient pas rigueur.  A la limite, piquez le t-shirt extra-large “J’aime le char à voile à Saint-Jacut-de-la-mer” qui se trouve dans la commode, juste là, devant vous. 

Que manger ou boire en écoutant cette piste ? 

Quitte à parler de pommes, en jus c’est bien aussi. Allez-y mollo par contre. Gorgée par gorgée. 

Quels sont les effets indésirables éventuels  ?

Gueule de bois (probabilité forte, presque certaine). Incapacité chronique à dire non (pouvant frapper 1 auditeur sur 100). Amnésie daltonienne (pouvant frapper 1 auditeur sur 1000). 

Photographe : Cyril Morange

Relax Jeanne, pieds nus, gardant la porte de sa maison de vacances au milieu du violet des fleurs de l’arbre qui semble avoir déteint sur son chemisier. A tous les botanistes en herbe, n’hésitez-pas à nous donner le nom de cet arbre non-identifié dans les commentaires.

  • Contrairement à ses trois précédents albums, tous les textes de l’album Jeanne chante Jeanne ont été écrits par Jeanne Moreau elle-même. Dans une interview donnée à Libération en 2002, elle se confie : « Je sortais d’une psychothérapie. Mon analyste m’a poussé à écrire «mes trucs». Je les lui ai apportés. « Ça ferait des jolies chansons », m’a-t-il dit. Il a eu raison, en tout cas ça m’a aidé à m’en sortir. J’ai énormément de peine à écrire, sauf les chansons, car c’est une écriture de la sensation, ça doit être rapide, venir d’un coup. C’est gai, j’en ai écrit plein.»

https://next.liberation.fr/culture/2002/12/20/dans-le-tourbillon-de-jeanne_425425

  • En 1970, au moment de la sortie de cet album, Jeanne Moreau est une actrice déjà au sommet de sa gloire. Et même si elle n’a jamais donné de véritable concert, ses qualités d’interprète ont été reconnues à de maintes reprises, souvent glissées dans des films. Une dizaine d’années plus tôt, elle obtient un grand succès avec « Le Tourbillon », écrite en 1957 par Serge Rezvani et intégrée dans le film Jules et Jim de François Truffaut en 1962.
  • Que reste-il d’une chanson selon Jeanne Moreau ?

De l’énergie. C’est une sensation immédiate, qui s’étire parfois sur plusieurs minutes, mais ça va vite, comme un choc. Les chansons à thème, c’est barbant. Il faut que l’idée rencontre une sensation.

(source : https://next.liberation.fr/culture/2002/12/20/dans-le-tourbillon-de-jeanne_425425)

  • Jeanne Moreau interprète “Le vrai scandale c’est la mort” issu de ce même album, dans l’émission Discorama de Denise Glaser en 1970. https://www.ina.fr/video/I07144660
  • La pochette de l’album pour sa sortie japonaise en 1975.

  • Et puis, on ne pouvait pas s’empêcher de finir par cette photo-mythe : Jeanne Moreau et Miles Davis sur le tournage d’Ascenseur pour l’échafaud de Louis Malle, en décembre 1957.

Cet homme est là qui me regarde
Je m’y accroche par mégarde
Je n’ai pas su baisser les yeux
Il semble en être très heureux
Il prend cela pour un aveu
Mes yeux sont noirs, les siens sont bleus

Oh! Oh! Oh! Quelle histoire
Il va croire que je le veux
Oh! Oh! Oh!
Oh! Comment faire
M´en défaire
Si je peux

Cet homme est là qui me sourit
Il me parle et j’en suis ravie
Je suis le dessin de sa bouche
Légèrement sa main me touche
Ce soir je ne suis pas farouche
Prise au piège comme une mouche

Refrain

Cet homme est là qui prend mon bras
Je le suis je ne sais pourquoi
Nous sommes un peu trop intimes
Je vais encore être victime
D´une aventure bellissime
Cette rencontre est rarissime

Refrain

Cet homme-là me déshabille
Ce soir mon corps sent la vanille
Tout simplement il a dit : « Viens! »
Et vainement je me retiens
Il fait tout cela pour mon bien
Son désir a tissé les liens

Refrain

Cet homme est là à mon réveil
Dehors il fait déjà soleil
Nous reprenons notre entretien
Ce n´est pas un théoricien
Quel est son nom, je n´en sais rien
Mais je crois qu´il est Brésilien

Refrain

Oh! Oh! Oh! Quelle histoire
Il va croire que je le veux
Oh! Oh! Oh!
Oh! Comment faire
M´en défaire
C´est trop tard!

par Simdo

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