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#8 Pierre Barouh – Samba Saravah (1966)

Je suis accoudé au balcon de cet hôtel faussement luxueux à Deauville, ou vraiment miteux, c’est selon. La peinture rose pâle craquelle dans la chambre. Je lève mon verre au-dessus-de ma tête. Je suis d’humeur à célébrer quelque-chose, mais je ne sais pas quoi. Ça m’embête. A travers la transparence du pied, je crois pouvoir distinguer un visage féminin. Le soleil qui tombe, c’est une rondelle de citron. Je le mets dans mon élixir. Je trinque. Saravah! Sur les planches, un homme et une femme dandinent. Pour moi, ils dansent la samba. Finalement, c’est quand même un peu triste Deauville sans Pierre Barouh. 

* vidéo tirée d’un extrait du film « Un homme et une femme » de Claude Lelouch

Paroles et musique : Vinícius de Moares, Baden Powell, Pierre Barouh

(adaptation de la chanson  Samba Da Bensao de Vinícius de Moraes)

Album : Un homme et une femme (BO du film)

Label : Disc’Az

Sortie : 1966

Enregistré à : Studio Davout (Paris)

La piste en une punchline : « Pourtant s’il est une samba sans tristesse, c’est un vin qui ne donne pas l’ivresse.»

00.07’s : « Hum hum hum, hum hum hum hum, hum hum hum … » On commence avec un doux scat complètement oxygéné de samba.

00.57’s : « Faire une samba sans tristesse, c’est aimer une femme qui ne serait que belle.» Barouh déroule une première parenthèse parlée en explicitant son amour pour la samba, au détour de cette citation du poète Vinícius de Moraes. « Moi qui suis peut-être le Français le plus brésilien de France, j’aimerais vous parler de mon amour pour la samba comme un amoureux qui n’oserait pas parler à celle qu’il aime, en parlerait à tous ceux qu’il rencontre. »

02.44’min : « Saravah !! Saravah !!»

Youpi matin avec l’ami Ricoré.

Dans quel cas cette piste peut-elle être écoutée ? 
Vous avez loué votre chambre d’hôtel sur Booking, et ce n’est pas vraiment ce que les photos et les avis vous laissaient imaginer. La moquette colle et est embaumée d’une froide odeur de tabac. Vous sortiriez bien vous amuser au casino mais vous avez peur du personnage que vous pourriez devenir entre les machines à sous, les caipirinhas et les tables de blackjack.


Comment écouter cette piste ?
Vous avez un verre creux à la main. La caïpirinha est passée. A l’aide de votre index et de votre majeur, vous pouvez le frapper de manière à créer un tempo et une résonance qui respire la « batida », terme qui désigne le rythme de la bossa nova brésilienne. C’est la fête dans votre verre.


Comment se fringuer pour écouter cette piste ? 
Vous êtes tout seul, en caleçon, dans votre chambre d’hôtel, le même qu’hier, lors de votre arrivée à Deauville. C’est le seul que vous ayez prévu. Vous avez laissé les autres et votre tête chez vous.


Que manger ou boire en écoutant cette piste ? 
Une recette brésilienne de caïpirinha en une minute.


Quels sont les effets indésirables éventuels  ?
Trouver de la saudade dans le moindre cocktail de cachaça (pouvant affecter un auditeur sur 10). Manque chronique de samba (pouvant affecter un auditeur sur 100). Se voir interdire de casino en raison de déficits bancaires successifs (pouvant affecter un auditeur sur 1000).

« SARAVAH« 

Expression utilisée au Brésil, d’origine africaine, que l’on pourrait traduire en français par « Béni sois-tu ». Mais qui peut être utilisée pour dire tout simplement « bonjour ». Attention, quand on dit à quelqu’un « Saravah », il doit forcément répondre « Saravah ».

  • Compositeur et auteur de talent, Pierre Barouh a souvent été davantage considéré comme un « passeur » de musiques que comme un chanteur à part entière. Il est l’un des principaux importateurs de la musique brésilienne en France. Amoureux du Brésil, il embarque en 1959 sur un cargo afin de découvrir le pays et d’y rencontrer ses idoles. Mais Barouh n’y rencontrera alors aucun de ses musiciens et auteurs préférés. Ce n’est que partie remise : quelques semaines plus tard, il rencontre lors d’un dîner à Paris le poète, parolier et mélodiste emblématique de la bossa nova Vinícius de Moraes et le guitariste Baden Powell. Les trois hommes se lient d’amitié et Barouh est officiellement introduit dans le milieu de la musique brésilienne.
  • Ayant connu un grand succès pour sa participation à la bande originale du film « Un homme et une femme », palme d’or à Cannes en 1966, Barouh fonde le label indépendant Saravah grâce aux droits d’auteurs du fameux thème du film Chabadabada dont il écrit les paroles et qu’il interpète avec Nicole Croisille. Le slogan du label est « Il y a des années où on a envie de ne rien faire. » Il fonctionne en effet, d’après l’expression de Barouh, en « slow business » : signature d’artistes selon les coups de cœur et sans ambition commerciale. Saravah est le laboratoire éclectique qui a permis de faire découvrir des artistes tels que Jacques Higelin, Brigitte Fontaine, Allain Leprest.
  • Pierre Barouh explique la genèse de la chanson Samba Saravah : « Ça a duré des années. J’avais des bribes de phrases qui arrivaient comme ça. Et cette nuit qui a précédé mon retour, comme disent les Brésiliens, « Chégé », c’est-à-dire : c’est arrivé. La version qui se trouve dans le film (dans les scènes de Camargue), c’est celle enregistrée à 9 heures du matin, sur un Revox chez Baden Powell, après une nuit sans sommeil ! C’est ça le miracle d’une chanson : un truc de trois minutes que vous lâchez dans l’air. C’est l’histoire du pollen : le vent souffle dessus et vous ne savez pas où ça se dépose, vous ne savez pas où ça germe, où ça s’épanouit … »
  • Pierre Barouh et Anouk Aimée, alors couple dans la vie, présentent le film Un homme et une femme lors de sa promotion en Suisse.
  • Emission « Une vie une oeuvre » consacrée à l’oeuvre de Pierre Barouh et de son label Saravah.

https://www.franceculture.fr/emissions/une-vie-une-oeuvre/la-saravah-de-pierre-barouh

  • Pierre Barouh et Baden Powell interprètent Samba Saravah en live en 1969.

Être heureux, c’est plus ou moins ce qu’on cherche
J’aime rire, chanter et je n’empêche
Pas les gens qui sont bien d’être joyeux
Pourtant s’il est une samba sans tristesse
C’est un vin qui ne donne pas l’ivresse
Un vin qui ne donne pas l’ivresse
Non, ce n’est pas pas la samba que je veux

J’en connais que la chanson incommode
D’autres pour qui ce n’est rien qu’une mode
D’autres qui en profitent sans l’aimer
Moi je l’aime et j’ai parcouru le monde
En cherchant ses racines vagabondes
Aujourd’hui pour trouver les plus profondes
C’est la samba chanson qu’il faut chanter

On m’a dit qu’elle venait de Bahia
Qu’elle doit son rythme et sa poésie a
Des siècles de danse et de douleurs

Mais quel que soit le sentiment qu’elle exprime
Elle est blanche de formes et de rimes
Blanche de formes et de rimes
Elle est nègre, bien nègre dans son cœur

Mais quel que soit le sentiment qu’elle exprime
Elle est blanche de formes et de rimes
Blanche de formes et de rimes
Elle est nègre, bien nègre dans son cœur

par Simdo

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