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#19 Hubert-Félix Thiéfaine – Autoroute jeudi d’automne (1982)

Ça sent l’essence, l’huile et la poussière dans ma vieille guimbarde. Le casse-croûte de la station-service est sur le siège passager. Je l’attrape d’une main puis croque dans le mélange de jambon, d’emmental et de laitue. La pétrolette s’enfonce dans la brume tandis que la lumière décline, on distingue de moins en moins les couleurs automnales de la forêt voisine. Encore combien de kilomètres ? Je n’en sais rien. Dans quel draps vais-je dormir ce soir ? Pas plus. Et « je remonte mon col, j’appuie sur le starter et je vais voir ailleurs, encore plus loin ailleurs » …

Paroles : Hubert-Félix Thiéfaine

Musique : Hubert-Félix Thiéfaine et Claude Mairet

Où trouver la piste ? : piste 3 sur 8

Durée de la piste : 4 min 50

Album : Soleil cherche futur

Label : Sterne

Enregistré à : studio Acousti (Paris)

Sortie : 1982

La piste en une punchline : « … mais je remonte mon col, j’appuie sur le starter et je vais voir ailleurs, encore plus loin ailleurs. »

00.32’s : La voix d’Hubert arrive sur un rythme musical de croisière réglé comme un coucou. Les guitares clignotent, le synthé balaie le pare-brise tandis que la batterie fait avancer la chanson sur un asphalte musical.

1min.06’s : Comme dirait Katerine, Hubert « remet le son » en appuyant sur le starter de sa turbo-guitare, les vapeurs d’essence font vrombir le moteur et la piste reprend son allure de croisière.

3min32’s : La clé de contact est tournée et l’on entend à présent uniquement les grincements de la mécanique mélodique encore chaude.

Veuillez lire attentivement cette notice avant d’écouter cette piste car elle contient des informations importantes pour vous. Gardez cette notice, vous pourriez avoir besoin de la relire. Cette piste vous a été personnellement prescrite. Ne la faites pas écouter à quelqu’un d’autre. Si vous ressentez un quelconque effet indésirable, baissez le volume.

113e cigarette sans dormir !

(Photo : Docteur Faust)

Dans quel cas cette piste peut-elle être écoutée ? 

Un mercredi soir d’automne lorsque vous vous dites que demain c’est la bonne, vous démarrerez une nouvelle vie pleine de routes au soleil couchant, de sandwichs et d’eau fraîche.

Comment écouter cette piste ?

Insérez la cassette dans l’autoradio. Augmentez le volume et fixez l’horizon.

Comment se fringuer pour écouter cette piste ? 

Des lunettes « Aviator » et une bonne veste en jean.

Que manger ou boire en écoutant cette piste ? 

Si vous n’aimez pas les sandwichs, optez pour une bonne assiette de frites et un jambon braisé. Des pastilles à la menthe frappée dilueront le tout ensuite.

Quels sont les effets indésirables éventuels  ?

Enchaînement sans limite des kilomètres / carte de fidélité aux stations-service

Pochette : Docteur Faust

Deux jeunes enfants aux allures de punk nous regardent, dans un décor tout droit sorti du « Désert Rouge » d’Antonioni. « Soleil cherche futur », écrit en digital, semble dépeindre les prémices de la société de l’industrie et du numérique dans laquelle tout va vite. Très vite. Trop vite ? Plus que les 80 km/h sur une départementale en tout cas.

Apoplexie

« Et je calcule en moi le poids de sa défaite
et je mesure le temps qui nous apoplexise
. »

Arrêt subit plus ou moins complet de toutes les fonctions cérébrales provoquant la perte de la connaissance, la paralysie totale ou partielle sans suspension de la respiration et de la circulation du sang.

https://www.cnrtl.fr/definition/Apoplexie

  • Avant d’opter pour la chanson, Thiéfaine s’essaie d’abord à la peinture, puis au théâtre au début des années 1970. Il écrit des romans et des pièces, et monte notamment un spectacle intitulé « Comme un chien dans un cimetière », qui se moque de la politique. Contrairement à beaucoup de chanteurs de l’époque, Thiéfaine est resté en marge de mai 68 et trace son chemin de manière plus solitaire.*
  • « Soleil cherche futur » publié en 1982 est le 5ème des 17 albums studio de Thiéfaine. Il se vend à plus de 200 000 exemplaires. Avec l’album « Dernières balises (avant mutation) » (1981), Thiéfaine marque un an plus tôt son entrée dans les années 80 avec un style résolument rock par rapport à ses débuts, plus folk. Ignorés des médias, ces deux albums séduisent néanmoins un large public. L’artiste y évoque ses angoisses et obsessions : la drogue, le désespoir, la marginalité, la folie.

Le désert est rouge

  • Camarade de lycée de Thiéfaine, Claude Mairet est le co-compositeur du titre et il fut son partenaire musical jusqu’en 1988.

* Le Dictionnaire du Rock

  • Live au Palais des Sports en 2015
  • Documentaire Antenne 2 de 1983. « Autoroute Jeudi d’Automne » à partir de 16min00s !
  • Photo cassette pour le kiff :

 

Elle m’envoie des cartes postales de son asile
m’annonçant la nouvelle de son dernier combat
elle me dit que la nuit l’a rendue trop fragile
et qu’elle veut plus ramer pour d’autres guernica
et moi je lis ses lettres le soir dans la tempête
en buvant des cafés dans les stations-service
et je calcule en moi le poids de sa défaite
et je mesure le temps qui nous apoplexise
et je me dis stop !…

Mais je remonte mon col, j’appuie sur le starter
et je vais voir ailleurs, encore plus loin ailleurs

Et je croise des vieillards qui font la sentinelle
et me demandent si j’ai pas des cachous pour la nuit
je balance mes buvards et tire sur la ficelle
pour appeler le dément qui inventa l’ennui
et je promène son masque au fond de mes sacoches
avec le négatif de nos photos futures
je mendie l’oxygène aux sorties des cinoches
et vends des compresseurs à mes ladies-bromure
et je me dis stop !…

Mais je remonte mon col, j’appuie sur le starter
et je vais voir ailleurs, encore plus loin ailleurs

Il est bientôt minuit mais j’fais beaucoup plus jeune
je piaffe & m’impatiente au fond des starting-blocks
je m’arrête pour mater mes corbeaux qui déjeunent
et mes fleurs qui se tordent sous les électrochocs

Et j’imagine le rire de toutes nos cellules mortes
quand on s’tape la bascule en gommant nos années
j’ai gardé mon turbo pour défoncer les portes
mais parfois il me reste que les violons pour pleurer
et je me dis stop !…

Mais je remonte mon col, j’appuie sur le starter
et je vais voir ailleurs, encore plus loin ailleurs

Elle m’envoie des cartes postales de son asile
m’annonçant la nouvelle de son dernier combat
elle me dit que la nuit l’a rendue trop fragile
et qu’elle veut plus ramer pour d’autres guernica.

par Ryme

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