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đŸ”„ Suzanne Belaubre « Je compose avec la mĂȘme urgence que je dessine. Il faut que ça sorte. »

© Celeste Leuuwenburg

Dans le morceau « N’importe quoi », issu de son brillant album DIY paru fin fĂ©vrier dernier, Suzanne Belaubre scande au vocoder sur une prod presque gabber « Il faut que ça sorte ». A l’Ă©coute de cet album, composĂ© entiĂšrement seule sur ordinateur, on ressent cette urgence Ă  l’expression. CanalisĂ©e par ses logiciels de MAO, Suzanne a crĂ©Ă© des morceaux bariolĂ©s de couleurs musicales aventureuses. Sur sa palette, des nuances d’Ă©lectro bourdonnante, des touches mordantes de hip/hop, comme autant de pigments appliquĂ©s sur des toiles de chansons Ă  la cohĂ©rence vibrante et libre : la sienne.

C’Ă©tait un plaisir de pouvoir nous entretenir avec Suzanne Belaubre, mĂȘme par Ă©crans interposĂ©s, au sujet de ce joli kalĂ©idoscope de couleurs sincĂšres et Ă©clatantes …


Piste 1 : Salut Suzanne, merci pour ton temps afin de nous parler de ta musique et de ton dernier album DIY. Pour ceux qui ne te connaissent pas encore,  tu peux nous parler de ton parcours jusqu’ici ?

Suzanne Belaubre : J’ai grandi Ă  Toulouse jusqu’à mes 17 ans. AprĂšs mon bac, j’ai dĂ©cidĂ© d’aller Ă©tudier la musique Ă  l’American School of Modern Music de Paris. J’y ai fait deux ans de piano jazz. Ensuite, j’ai Ă©tudiĂ© quelque temps au conservatoire en MAO. ParallĂšlement Ă  tout cela, j’ai essayĂ© de mener dĂšs la fin de mon bac une “espĂšce” de carriĂšre dans la chanson puisque, en rĂ©alitĂ©, j’ai toujours Ă©crit des chansons. J’ai commencĂ© le piano Ă  l’ñge de six ans, et j’ai composĂ© mon premier morceau Ă  dix ans parce que je me rendais compte que c’était un moyen d’expression que je n’avais pas ailleurs et qui peut-ĂȘtre Ă©tait plus proche de moi que tous les autres moyens d’expression.

Petit Ă  petit, j’ai mis des paroles sur ces morceaux. Et donc Ă  partir de treize ans, je me suis vraiment mise Ă  Ă©crire des chansons. A partir de lĂ , j’ai participĂ© au concours d’écriture Claude Nougaro Ă  Toulouse, et j’en ai Ă©tĂ© laurĂ©ate dans la catĂ©gorie 15-18 ans. Ce qui m’a dĂ©cidĂ© Ă  faire de la musique mon mĂ©tier et Ă  continuer sur ma lancĂ©e.

Alors que j’avais du mal Ă  concilier mes Ă©tudes Ă  l’American School avec cette activitĂ© plus personnelle d’écriture de chansons, je suis parti en 2015 faire la premiĂšre partie de La Grande Sophie Ă  l’occasion d’une mini-tournĂ©e en Asie, Ă  Hong-Kong, Canton et Bangkok. C’était rigolo, mais ça n’a pas durĂ©. Car en parallĂšle de tout cela, j’avais commencĂ© Ă  monter un live autour d’une sorte de musique surrĂ©aliste un peu jazz, en trio avec un batteur et un bassiste.

S’en est suivi un projet avec les rappeurs Bigflo et Oli, avec qui j’étais dans la mĂȘme Ă©cole primaire Ă  Toulouse. Ils m’ont proposĂ© de produire un EP et de les accompagner sur les chƓurs du morceau “Autre Part”, issu de leur deuxiĂšme album. Mais je n’avais pas envie Ă  l’époque de faire de la chanson comme sur mon EP “Tous ces mots” sorti rĂ©cemment et d’ĂȘtre projetĂ© en tant que chanteuse. J’avais envie de faire de la musique plus “chelou”, car il y a une vraie part en moi qui est cheloue, dans la musique ou dans l’écriture. Donc, je n’étais pas Ă  200% dans la voie qu’on me proposait. Cette espĂšce de demi-mesure a fait qu’au final on a eu du mal Ă  s’entendre sur l’EP Ă  produire et je leur ai expliquĂ© que j’avais besoin de temps pour faire le point.

A partir de cette collaboration, j’ai tout de mĂȘme pu m’associer au tourneur Bleu Citron, ce qui m’a permis de faire des premiĂšres parties de concert, dans une veine trĂšs chanson, pas forcĂ©ment toujours Ă  texte : Claudio CapĂ©o, Mathieu Boogaerts, Magyd Cherfi, Art Mengo…

« Le rapport Ă  l’écriture est diffĂ©rent quand je suis derriĂšre mon piano et quand je dĂ©cide de chanter sur une prod’ rĂ©alisĂ©e sur ordinateur. »

On perçoit dans ta prĂ©sentation un premier rapport au rap et au hip/hop Ă  travers ta collaboration avec Bigflo et Oli. Mais on a surtout Ă©coutĂ© des passages de ton dernier album DIY dans lequel tu rappes ou tu slames, entre deux passages mĂ©lodiques. En mĂȘme temps, ton EP “Tous ces mots” sorti l’étĂ© dernier nous rappelle Ă©galement tes talents de composition de chansons piano-voix, dans une veine plus classique.

On a l’impression que tu oscilles entre les deux avec une grande aisance. Tout comme tu varies entre arrangements classiques et instrumentaux sur “Tous ces mots” et Ă©lectroniques sur “DIY”. Tu te sens la plus Ă  l’aise dans l’un de ces styles ou tu revendiques une certaine “globalitĂ©â€ de ta crĂ©ation ?

C’est une question qui me parle beaucoup parce que j’ai commencĂ© Ă  faire de la musique sur ordinateur quand j’avais seize ans, dans ma chambre. Je ne faisais quasiment que des morceaux en anglais et assez expĂ©rimentaux, que je commençais et achevais de produire en une fois. Je voulais absolument finir une fois que c’Ă©tait commencĂ©, par flemme d’avoir Ă  le retravailler peut-ĂȘtre, mais la flemme est aussi un outil intĂ©ressant ! Je devais donner le meilleur de moi-mĂȘme tout de suite avec les moyens du bord. Donc j’ai fait des petits EP comme cela sous le nom de SZBB. Et puis, Ă  cĂŽtĂ©, je faisais de la chanson beaucoup plus classique. Et j’ai mis beaucoup de temps Ă  faire le lien entre les deux.

J’ai essayĂ© avec mon EP Imago (2019) de faire ce lien, entre la chanson française et cette arriĂšre-plan Ă©lectronique et expĂ©rimental qui m’avait toujours accompagnĂ©. Mais j’ai fait l’erreur de me faire accompagner par des beatmakers pour qui mes morceaux n’étaient que des “commandes” en quelques sortes : il n’y a pas eu vraiment d’échanges crĂ©atifs, mais plutĂŽt une correspondance avec la mode actuelle. Au final l’EP Imago n’est pas vraiment ma “came”.

L’album DIY est le premier disque oĂč j’arrive Ă  faire ce lien. OĂč je me laisse la libertĂ© de construire un arriĂšre-plan Ă©lectronique et dĂ©lirant, sans limite, tout en faisant le lien avec cette langue française qui a toujours Ă©tĂ© lĂ  me concernant. Et c’est curieux parce que le rapport Ă  l’écriture est vraiment diffĂ©rent quand je suis derriĂšre mon piano et quand je dĂ©cide de chanter sur une prod’ que j’ai rĂ©alisĂ©e sur ordinateur. Mais je suis Ă  l’aise Ă©galitairement entre tous ces styles.

Pochette de l’album DIY (paru le 26.02.2021)

Tu rĂ©alises toi-mĂȘme des prods, c’est une part rĂ©guliĂšre de ton travail ?

Oui, et c’est mĂȘme une nĂ©cessitĂ© pour moi : une expression comme le dessin, comme une envie de composer au piano.

Tu en as déjà réalisé pour des rappeurs ?

Non, mais ça me brancherait bien ! Mon coloc’ a 19 ans, il rappe un peu, et je me suis dit que ce serait rigolo de lui faire une prod’ mais je ne sais pas si j’en serais capable.

Par rapport au texte de l’album DIY, on a relevĂ© beaucoup de termes en rapport avec le monde du vivant, des Ă©lĂ©ments naturels, comme liĂ© Ă  un certain Ă©tat d’esprit du moment de dĂ©sir de reconnexion avec la nature. On pense au morceau “Campagne” qui ouvre le disque. Quelle Ă©tait ton intention d’expression ?

Dans le morceau “Campagne”, je parle en effet d’une reconnexion Ă  une nature qui n’est pas seulement comme on l’entend de maniĂšre Ă©cologique et consciente, mais qui s’apprivoise plus en terme d’univers, de conscience. Quelque chose Ă  apprĂ©hender plus en se disant :  “hĂ©, mais je suis lĂ !” Comment expliquer … Ce n’est pas qu’un rapport Ă  la nature, mais Ă  la rĂ©alitĂ© aussi !

Toutes les paroles de DIY ont une dimension cryptique, pas toujours claire. Je tisse avec la poésie une sorte de métaphore de la nature pour parler de la confiance en soi, je crois.

C’est intĂ©ressant car tu dĂ©cris DIY comme “une sĂ©rie de dĂ©mos-ovnis rĂ©alisĂ©es en marge du cahier des charges de ton ex-label Ă  apprĂ©hender comme une mue sur le chemin de tes 23-25 ans.” Dans cette pĂ©riode de mue, tu as eu envie de t’exprimer dans une sorte de “fulgurance” ?

Exact, mais lĂ  oĂč ça a eu une sincĂ©ritĂ© assez Ă©tonnante, c’est que je me rends compte que si j’écris que ça a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ© “en marge du cahier des charges de mon ex-label” c’est que vraiment ces chansons-lĂ  ont Ă©tĂ© faites par nĂ©cessitĂ©, et pas pour faire plaisir au DA ( directeur artistique). C’était bien sous la forme d’une sorte de jaillissement, mais qui ne s’est cependant pas fait d’un coup, comme tu semblais le sous-entendre. Tout a plutĂŽt Ă©tĂ© crĂ©Ă© dans une forme d’écho de ces deux annĂ©es, entre mes 23 et 25 ans. Cela donne ce rĂ©sultat sur DIY, qui a au final une certaine cohĂ©rence qu’on interprĂšte comme on veut.


Ça a Ă©tĂ© un travail assez long et  au dĂ©but je voulais sortir cet album en sortant les morceaux un par un, parce que je n’en pouvais plus de ne pas sortir de musique. Pendant le premier confinement de 2020, alors que mon label m’avait lĂąchĂ© juste avant la sortie de mon EP Imago, je me suis dit que si je ne sortais pas ma musique, j’allais imploser et devenir tarĂ©e. Car c’était dur pour moi, aussi vis-Ă -vis de mon entourage qui savait que j’étais musicienne mais qui ne pouvait Ă©couter ma musique nulle part.

J’ai donc dĂ©cidĂ© dans un premier temps sortir tous mes morceaux un par un, mais le label La Souterraine m’a alors proposĂ© d’en faire une compilation, qui est par la suite devenue l’album DIY.

Toutes les chansons de l’EP ont Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©es donc sur ces deux ans ?

Oui, mais pendant le premier grand confinement il y a eu une volontĂ© de ma part de faire un autre album qui m’a amenĂ©e Ă  composer quelques nouveaux titres qui sont sur DIY comme “N’importe quoi” ou “Commencement”. Et j’ai peaufinĂ© tout cela pendant le deuxiĂšme petit confinement de novembre. Il y a eu pas mal de choses qui ont aussi Ă©tĂ© composĂ©es pendant ce deuxiĂšme confinement, avec un travail de globalisation et de cohĂ©rence.

© Celeste Leuuwenburg

Et à quel moment ta rencontre avec La Souterraine est-elle intervenue dans tout ça ?

Cette rencontre date en fait d’avant mon EP Imago, il y a environ quatre ans. J’étais allĂ©e Ă  un concert de l’artiste Chaton. J’y avais rencontrĂ© Benjamin (Benjamin Caschera) de La Souterraine et Ă  partir de lĂ , j’ai envoyĂ© rĂ©guliĂšrement des maquettes, des morceaux, en leur demandant leur avis, de maniĂšre informelle. Peut-ĂȘtre parce qu’il y avait ce cĂŽtĂ© “sans pression”, La Souterraine ne se revendiquant pas comme un label traditionnel.  

Deux de mes morceaux ont Ă©tĂ© intĂ©grĂ©s Ă  des compilations rĂ©alisĂ©es par le label, dont “Campagne”. Et ce qui est Ă©tonnant mais colle parfaitement avec le concept de La Souterraine, c’est que Benjamin a prĂ©fĂ©rĂ© les morceaux que je rĂ©alisais toute seule, en tout cas sans grosse production derriĂšre. C’était trĂšs encourageant, surtout au moment oĂč je cessais ma collaboration avec mon ancien label.

On a beaucoup aimĂ© DIY pour plusieurs raisons, et notamment dans la maniĂšre dont tu t’es amusĂ©e avec ton ordinateur, dans ces effets de rĂ©pĂ©titions, de boucles, dĂ©livrant des paroles que l’on pourrait qualifier sans ĂȘtre pĂ©joratif de “stĂ©rĂ©otypĂ©es” (“C’est fou comme on s’aime”), qui nous a rappelĂ© les rĂ©pĂ©titions et l’aspect synthĂ©tique du mouvement Pop Art par exemple 
 Il y avait une intention d’insister sur ces effets de rĂ©pĂ©tition ?

Oui, carrĂ©ment. En fait, j’ai l’esprit trĂšs imagĂ©e donc quand vous parlez de rĂ©pĂ©titions, j’ai envie de parler de “collages”. Ce que j’adore, c’est que mĂȘme en faisant des copier-coller “sales” sur ordinateur, tout cela garde un style, finalement.

C’est quelque chose que j’aime bien et que j’avais dĂ©jĂ  vraiment expĂ©rimentĂ© d’ailleurs dans le premier morceau que j’ai composĂ© quand j’avais 16 ans et qui s’appelle “I’m tired”. C’était dĂ©jĂ  un morceau rĂ©alisĂ© Ă  base de collages, oĂč on entend les voitures qui passent dans la rue, etc … Je trouve ce procĂ©dĂ© de collage trĂšs cool, et je l’avais auparavant rĂ©servĂ© Ă  des textes en anglais, mais le français s’y prĂȘte aussi trĂšs bien. En gĂ©nĂ©ralisant un peu, je trouve d’ailleurs qu’on ne s’est pas vraiment appropriĂ© ce processus de crĂ©ation-lĂ  dans la chanson française, du moins je ne connais pas beaucoup de textes en français qui soient copiĂ©s-collĂ©s de façon surrĂ©aliste.

MĂȘme avant de lire ta bio, on avait dĂ©jĂ  pensĂ© Ă  la chanteuse Camille, mais il est vrai que ce n’est pas si frĂ©quent que ça dans la chanson française. En tout cas, ce procĂ©dĂ© rejaillit Ă©galement dans ton morceau “Halo d’argent”, oĂč tu colles des ambiances sonores. Ce sont des sons que tu as captĂ©s toi-mĂȘme ?

On rentre dans les mystĂšres de la crĂ©ation ! (rires). J’ai trouvĂ© une banque de samples, et j’y ai recherchĂ© beaucoup de sons. Dans “Halo d’argent”, il y a un amoncellement de tous ces bruitages, je ne saurais plus trop dire lesquels.

En tout cas, ça m’a bien amusĂ© car j’avais vraiment l’impression de rĂ©aliser une petite recette : mĂ©langer un peu de “tempĂȘte de neige” avec un peu de “ bruit de mĂ©tro ”. Sur le morceau “C’est fou”, je ne sais pas si on le capte, mais il y a cette fameuse chatte en chaleur qui miaule avec un vocoder et de l’autotune, ça m’a fait beaucoup rire.

« En terme de regard portĂ© sur l’amour, on est toujours dans le « feu », dans une sorte de « donne-moi ton cƓur ». »

En parlant de rire, tu aimes aussi jouer avec les mots (« unis vers, je t’aime pas, sio-nĂ©-ment Â» … dans la chanson Â« Paroles Â» de ton EP Tous ces mots ) …

Oui c’est quelque chose qui me plaĂźt bien, jouer avec l’alchimie des mots, avec les mots cachĂ©s dans les mots, c’est passionnant
 Mais ça ne me viendrait pas naturellement Ă  l’esprit pour chanter derriĂšre une prod’, Ă  l’inverse des moments oĂč je suis derriĂšre un piano.

Pochette de l’album « Tous ces mots » (paru le 04.07.2020)

On retrouve les paroles “je t’aime” Ă  plusieurs reprises, c’est Ă©galement le titre d’une chanson de DIY et il apparaĂźt souvent dans tes paroles. En quoi le thĂšme de l’amour est-il important pour toi ?

J’en parle beaucoup, mais c’est un thĂšme que je trouve omniprĂ©sent dans la culture actuelle, et en fait il me saoule parce qu’il est souvent abordĂ© de la mĂȘme façon. Pourtant en 2021 il y a plein d’autres choses Ă  dire. En terme de regard portĂ© sur l’amour, on est toujours dans le “feu”, dans une sorte de  “donne moi ton coeur”.

Je ne sais pas trop quoi rĂ©pondre Ă  cette question Ă  vrai dire ! (rires) Ce qui est peut-ĂȘtre intĂ©ressant, c’est que je suis avec mon mec depuis huit ans, et que je parle peut-ĂȘtre  d’amour sous un angle propre Ă  mon histoire. Je pense Ă  mon titre “CrĂ©ateur” qui Ă©voque comment on est crĂ©ateur de son propre amour.

L’amour est effectivement un thĂšme qui me parle. J’avais Ă©crit un texte spĂ©cialement dessus, oĂč j’avais essayĂ© de mettre les mots sur ce que je ressens. Je vais vous le lire 


Petit silence, puis Suzanne se lance

“Ça parle d’amour sans voir plus loin

Ça fait du son qui chauffe le bas, qui touche les reins

Ç a trouve des refrains Ă  la belle mĂ©lodie mais le sens ne dit rien

Si autocomplaisance, en un mot ça se branle, oui mais bon ça danse

Moi j’crois que le discours pourrait peser plus lourd

J’sais pas si je le fais, mais j’suis pour

Donc j’passe mon temps à digger spotify

Virer les chansons qui me transforment en petite caille”

Merde la vie c’est pas plus profond que “tu m’as trompĂ©e” ?

J’me suis trempĂ©e en pleurs groovy et en synthĂ©

J’aime le sexe, c’est pas la question

Toi aussi cool, mais qu’est-ce que t’attends

T’as pris le mic, c’est pas le moment

Si 2020 est notre temps

Il y a autre chose à dire nan ?”

Je ne sais pas quoi en penser
 c’est un peu rageux peut-ĂȘtre (rires).

« Quand on rappe, c’est comme s’il y avait toujours un cĂŽtĂ© « revendicateur ». J’ai toujours peur de parler de choses qui dĂ©passent mon recul et d’ĂȘtre sous l’emprise d’un Ă©tat Ă©motionnel. »

On imagine bien ce texte “rappĂ©â€. En tout cas on sent une fois de plus une influence derriĂšre Ă  l’intersection du rap et de la chanson.

C’est un texte qui est stockĂ© sur mon tĂ©lĂ©phone
 j’en ai d’autres qui sont Ă  cette frontiĂšre entre le rap, le slam et la chanson. Mais je ne sais pas trop oĂč les mettre pour l’instant. Je me dis que pour un prochain opus piano-voix ça me ferait dĂ©lirer d’avoir des textes un peu rap au milieu d’une instru trĂšs acoustique.

En tout cas ça me fait plaisir que vous perceviez cette tendance vers le rap. Et c’est difficile parce que quand on rappe, c’est comme si il y avait toujours un cĂŽtĂ© un peu “revendicateur”. J’ai donc toujours peur de parler de choses qui dĂ©passent mon recul et d’ĂȘtre sous l’emprise d’un Ă©tat Ă©motionnel. Et aprĂšs coup, ressentir alors cette sorte de “flicage” que tu peux subir quand  tu as racontĂ© des conneries
 et pourtant dans le rap il faut assumer toutes les conneries que tu dis.

Le rappeur MĂ©dine a rĂ©cemment expliquĂ© aux mĂ©dias que ce n’est pas parce qu’il fait du rap qu’il doit avoir Ă  se justifier de tous ses textes : le rap reste un processus artistique, tu ne crois pas ?

C’est une question hyper intĂ©ressante. J’ai dĂ©battu avec l’artiste Bisou, un pote avec qui j’avais collaborĂ© sur un titre. Il me faisait Ă©couter des sons de Koba LaD un peu violents sur les bords avec Ă©galement des moments “gratuits” qui m’ont saoulĂ©. Quand mon pote m’a rĂ©pondu que c’était de l’art, je lui ai dit que c’Ă©tait un prĂ©texte un peu facile.

Il y a donc un dĂ©bat interne difficile Ă  rĂ©soudre. Mais je suis d’accord sur le fait qu’il ne faut pas aboutir Ă  un rap seulement consensuel, au risque d’atteindre la mort assurĂ©e de cet art. Peut-ĂȘtre alors prendre du recul …

Ce qui est sĂ»r, c’est que si je n’arrive Ă  apporter de rĂ©ponses aux punchlines de rap qui me choquent, c’est alors comme si je me faisais frapper sans rĂ©agir. MĂȘme si cette sorte de clash permanent doit ĂȘtre Ă©galement propre au rap. Mais certains textes qui prĂŽnent le trio argent/drogue/humiliation des femmes me lassent tellement que je voudrais juste trouver les mots, ou que quelqu’un les trouve, pour dĂ©monter ces obsessions qui, en plus de traduire un degrĂ© d’intelligence assez douteux, font selon moi du mal Ă  l’humanitĂ©. J’ai du mal Ă  me rĂ©soudre Ă  appeler art quelque chose de ce type, mĂȘme quand il y a une prouesse technique dans la forme.

© Celeste Leuuwenburg

Dans l’interview, tu nous as parlĂ© de collages. Sur la pochette de DIY, tu associes une couleur Ă  chaque chanson. D’oĂč te vient ton cĂŽtĂ© « synesthĂ©sique » ?

Les chiffres, je les vois en couleur. Parfois j’y pense pour faire un clip
 LĂ  je me suis dit que j’allais forcer ce dĂ©lire en faisant cette proposition Ă  l’auditeur, que je trouve amusante.

Parfois, j’ai choisi la couleur en fonction d’un aspect qu’on pouvait peut-ĂȘtre moins percevoir dans un titre, afin de le mettre en valeur sous un autre angle. Par exemple pour la chanson “N’importe quoi” Ă  laquelle j’ai associĂ© la couleur rose.

Cette association couleur-chanson rejoint le patchwork multicolore de ta pochette, oĂč l’on retrouve Ă©galement le lien avec l’ordinateur avec ce visuel comme pixellisĂ© 


Oui, c’est une capture d’écran de la palette de couleurs Google. A l’image des collages audio sur mes titres, la pochette a donc Ă©galement Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©e de cette façon trĂšs brute. Ce qui m’intĂ©resse, c’est cette dĂ©marche de ne pas assembler de façon toujours trĂšs “clean”.

On a pu voir que tu Ă©tais Ă©galement dessinatrice. Le dessin a dĂ» Ă©galement t’accompagner dans ton processus de crĂ©ation musicale


Les deux sont tout Ă  fait liĂ©s, je compose avec la mĂȘme urgence que je dessine. Il faut que ça sorte …

A partir de quand considĂšres-tu qu’une des tes chansons est terminĂ©e et qu’elle est prĂȘte Ă  ĂȘtre dĂ©fendue ?

A partir du moment oĂč, soit je la joue, soit je l’écoute dans une version qui me satisfait du dĂ©but Ă  la fin. C’est-Ă -dire une version qui me plait Ă  l’écoute. Je ne sais pas trop quoi dire de plus (rires).

En tout cas, mĂȘme si j’ai fait une erreur Ă  un moment dans la chanson, si cette-derniĂšre sonnait juste malgrĂ© cette erreur, je vais alors la garder, car c’est cette version-lĂ  qui m’a plu. A partir de lĂ , j’essaie de ne plus la retoucher.

Cela dépend donc de la vérité de ta création à cet instant ?

Oui, mais ça peut ĂȘtre la vĂ©ritĂ© de mon Ă©coute aussi. C’est-Ă -dire que parfois la chanson est prĂ©-enregistrĂ©e, je ne suis pas sĂ»re de sa version, et en l’écoutant je choisis de ne pas la garder. C’est l’intensitĂ© du ressenti qui est importante pour moi. Pour que je sois touchĂ©e par une chanson que j’ai quand mĂȘme travaillĂ© pendant quelques jours, il faut qu’il se passe quelque chose, une grĂące qui me touche, et que j’essaie de ressentir dans mes versions finales.

Pour terminer cette interview, parle-nous d’une chanson francophone que tu aimes !

Je choisis “Paris Mai”, une chanson qui m’a fascinĂ©e quand je l’ai dĂ©couverte, pour son texte et l’interprĂ©tation qu’en fait Claude Nougaro en Mai 68 Ă  propos de Paris.

Selon moi s’il y a un morceau francophone qui incarne la proximitĂ© entre le rap et la chanson Ă  une Ă©poque oĂč on ne s’y attend pas, c’est bien celle-lĂ  !

Merci pour cette discussion Suzanne ! A bientĂŽt.


Suzanne Belaubre x DIY x paru le 26 février 2021 (S. Belaubre/La Souterraine)

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Les pistes de l’album :

  1. (vert) Campagne
  2. (blanc) Les voix dorées
  3. (orange) Rester sur Terre
  4. (noir) Je t’aime
  5. (orange) Tout mélangé
  6. (bleu) Yeux d’arbre
  7. (rose) Halo d’argent
  8. (rouge) C’est fou
  9. (jaune) Créateur
  10. (noir) File minuscule
  11. (rose) N’importe quoi
  12. (rouge) Commencement

https://souterraine.biz/album/diy

https://www.instagram.com/suzanne_belaubre/

https://www.facebook.com/pg/suzannebelaubre.artiste/posts/

Propos recueillis par Ryme et Simdo

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