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🔥 Suzanne Belaubre « Je compose avec la mĂŞme urgence que je dessine. Il faut que ça sorte. »

© Celeste Leuuwenburg

Dans le morceau « N’importe quoi », issu de son brillant album DIY paru fin fĂ©vrier dernier, Suzanne Belaubre scande au vocoder sur une prod presque gabber « Il faut que ça sorte ». A l’Ă©coute de cet album, composĂ© entièrement seule sur ordinateur, on ressent cette urgence Ă  l’expression. CanalisĂ©e par ses logiciels de MAO, Suzanne a crĂ©Ă© des morceaux bariolĂ©s de couleurs musicales aventureuses. Sur sa palette, des nuances d’Ă©lectro bourdonnante, des touches mordantes de hip/hop, comme autant de pigments appliquĂ©s sur des toiles de chansons Ă  la cohĂ©rence vibrante et libre : la sienne.

C’Ă©tait un plaisir de pouvoir nous entretenir avec Suzanne Belaubre, mĂŞme par Ă©crans interposĂ©s, au sujet de ce joli kalĂ©idoscope de couleurs sincères et Ă©clatantes …


Piste 1 : Salut Suzanne, merci pour ton temps afin de nous parler de ta musique et de ton dernier album DIY. Pour ceux qui ne te connaissent pas encore,  tu peux nous parler de ton parcours jusqu’ici ?

Suzanne Belaubre : J’ai grandi à Toulouse jusqu’à mes 17 ans. Après mon bac, j’ai décidé d’aller étudier la musique à l’American School of Modern Music de Paris. J’y ai fait deux ans de piano jazz. Ensuite, j’ai étudié quelque temps au conservatoire en MAO. Parallèlement à tout cela, j’ai essayé de mener dès la fin de mon bac une “espèce” de carrière dans la chanson puisque, en réalité, j’ai toujours écrit des chansons. J’ai commencé le piano à l’âge de six ans, et j’ai composé mon premier morceau à dix ans parce que je me rendais compte que c’était un moyen d’expression que je n’avais pas ailleurs et qui peut-être était plus proche de moi que tous les autres moyens d’expression.

Petit à petit, j’ai mis des paroles sur ces morceaux. Et donc à partir de treize ans, je me suis vraiment mise à écrire des chansons. A partir de là, j’ai participé au concours d’écriture Claude Nougaro à Toulouse, et j’en ai été lauréate dans la catégorie 15-18 ans. Ce qui m’a décidé à faire de la musique mon métier et à continuer sur ma lancée.

Alors que j’avais du mal à concilier mes études à l’American School avec cette activité plus personnelle d’écriture de chansons, je suis parti en 2015 faire la première partie de La Grande Sophie à l’occasion d’une mini-tournée en Asie, à Hong-Kong, Canton et Bangkok. C’était rigolo, mais ça n’a pas duré. Car en parallèle de tout cela, j’avais commencé à monter un live autour d’une sorte de musique surréaliste un peu jazz, en trio avec un batteur et un bassiste.

S’en est suivi un projet avec les rappeurs Bigflo et Oli, avec qui j’étais dans la même école primaire à Toulouse. Ils m’ont proposé de produire un EP et de les accompagner sur les chœurs du morceau “Autre Part”, issu de leur deuxième album. Mais je n’avais pas envie à l’époque de faire de la chanson comme sur mon EP “Tous ces mots” sorti récemment et d’être projeté en tant que chanteuse. J’avais envie de faire de la musique plus “chelou”, car il y a une vraie part en moi qui est cheloue, dans la musique ou dans l’écriture. Donc, je n’étais pas à 200% dans la voie qu’on me proposait. Cette espèce de demi-mesure a fait qu’au final on a eu du mal à s’entendre sur l’EP à produire et je leur ai expliqué que j’avais besoin de temps pour faire le point.

A partir de cette collaboration, j’ai tout de mĂŞme pu m’associer au tourneur Bleu Citron, ce qui m’a permis de faire des premières parties de concert, dans une veine très chanson, pas forcĂ©ment toujours Ă  texte : Claudio CapĂ©o, Mathieu Boogaerts, Magyd Cherfi, Art Mengo…

« Le rapport à l’écriture est différent quand je suis derrière mon piano et quand je décide de chanter sur une prod’ réalisée sur ordinateur. »

On perçoit dans ta présentation un premier rapport au rap et au hip/hop à travers ta collaboration avec Bigflo et Oli. Mais on a surtout écouté des passages de ton dernier album DIY dans lequel tu rappes ou tu slames, entre deux passages mélodiques. En même temps, ton EP “Tous ces mots” sorti l’été dernier nous rappelle également tes talents de composition de chansons piano-voix, dans une veine plus classique.

On a l’impression que tu oscilles entre les deux avec une grande aisance. Tout comme tu varies entre arrangements classiques et instrumentaux sur “Tous ces mots” et électroniques sur “DIY”. Tu te sens la plus à l’aise dans l’un de ces styles ou tu revendiques une certaine “globalité” de ta création ?

C’est une question qui me parle beaucoup parce que j’ai commencĂ© Ă  faire de la musique sur ordinateur quand j’avais seize ans, dans ma chambre. Je ne faisais quasiment que des morceaux en anglais et assez expĂ©rimentaux, que je commençais et achevais de produire en une fois. Je voulais absolument finir une fois que c’Ă©tait commencĂ©, par flemme d’avoir Ă  le retravailler peut-ĂŞtre, mais la flemme est aussi un outil intĂ©ressant ! Je devais donner le meilleur de moi-mĂŞme tout de suite avec les moyens du bord. Donc j’ai fait des petits EP comme cela sous le nom de SZBB. Et puis, Ă  cĂ´tĂ©, je faisais de la chanson beaucoup plus classique. Et j’ai mis beaucoup de temps Ă  faire le lien entre les deux.

J’ai essayé avec mon EP Imago (2019) de faire ce lien, entre la chanson française et cette arrière-plan électronique et expérimental qui m’avait toujours accompagné. Mais j’ai fait l’erreur de me faire accompagner par des beatmakers pour qui mes morceaux n’étaient que des “commandes” en quelques sortes : il n’y a pas eu vraiment d’échanges créatifs, mais plutôt une correspondance avec la mode actuelle. Au final l’EP Imago n’est pas vraiment ma “came”.

L’album DIY est le premier disque où j’arrive à faire ce lien. Où je me laisse la liberté de construire un arrière-plan électronique et délirant, sans limite, tout en faisant le lien avec cette langue française qui a toujours été là me concernant. Et c’est curieux parce que le rapport à l’écriture est vraiment différent quand je suis derrière mon piano et quand je décide de chanter sur une prod’ que j’ai réalisée sur ordinateur. Mais je suis à l’aise égalitairement entre tous ces styles.

Pochette de l’album DIY (paru le 26.02.2021)

Tu réalises toi-même des prods, c’est une part régulière de ton travail ?

Oui, et c’est même une nécessité pour moi : une expression comme le dessin, comme une envie de composer au piano.

Tu en as déjà réalisé pour des rappeurs ?

Non, mais ça me brancherait bien ! Mon coloc’ a 19 ans, il rappe un peu, et je me suis dit que ce serait rigolo de lui faire une prod’ mais je ne sais pas si j’en serais capable.

Par rapport au texte de l’album DIY, on a relevé beaucoup de termes en rapport avec le monde du vivant, des éléments naturels, comme lié à un certain état d’esprit du moment de désir de reconnexion avec la nature. On pense au morceau “Campagne” qui ouvre le disque. Quelle était ton intention d’expression ?

Dans le morceau “Campagne”, je parle en effet d’une reconnexion Ă  une nature qui n’est pas seulement comme on l’entend de manière Ă©cologique et consciente, mais qui s’apprivoise plus en terme d’univers, de conscience. Quelque chose Ă  apprĂ©hender plus en se disant :  “hĂ©, mais je suis lĂ !” Comment expliquer … Ce n’est pas qu’un rapport Ă  la nature, mais Ă  la rĂ©alitĂ© aussi !

Toutes les paroles de DIY ont une dimension cryptique, pas toujours claire. Je tisse avec la poésie une sorte de métaphore de la nature pour parler de la confiance en soi, je crois.

C’est intéressant car tu décris DIY comme “une série de démos-ovnis réalisées en marge du cahier des charges de ton ex-label à appréhender comme une mue sur le chemin de tes 23-25 ans.” Dans cette période de mue, tu as eu envie de t’exprimer dans une sorte de “fulgurance” ?

Exact, mais là où ça a eu une sincérité assez étonnante, c’est que je me rends compte que si j’écris que ça a été réalisé “en marge du cahier des charges de mon ex-label” c’est que vraiment ces chansons-là ont été faites par nécessité, et pas pour faire plaisir au DA ( directeur artistique). C’était bien sous la forme d’une sorte de jaillissement, mais qui ne s’est cependant pas fait d’un coup, comme tu semblais le sous-entendre. Tout a plutôt été créé dans une forme d’écho de ces deux années, entre mes 23 et 25 ans. Cela donne ce résultat sur DIY, qui a au final une certaine cohérence qu’on interprète comme on veut.


Ça a Ă©tĂ© un travail assez long et  au dĂ©but je voulais sortir cet album en sortant les morceaux un par un, parce que je n’en pouvais plus de ne pas sortir de musique. Pendant le premier confinement de 2020, alors que mon label m’avait lâchĂ© juste avant la sortie de mon EP Imago, je me suis dit que si je ne sortais pas ma musique, j’allais imploser et devenir tarĂ©e. Car c’était dur pour moi, aussi vis-Ă -vis de mon entourage qui savait que j’étais musicienne mais qui ne pouvait Ă©couter ma musique nulle part.

J’ai donc décidé dans un premier temps sortir tous mes morceaux un par un, mais le label La Souterraine m’a alors proposé d’en faire une compilation, qui est par la suite devenue l’album DIY.

Toutes les chansons de l’EP ont été réalisées donc sur ces deux ans ?

Oui, mais pendant le premier grand confinement il y a eu une volonté de ma part de faire un autre album qui m’a amenée à composer quelques nouveaux titres qui sont sur DIY comme “N’importe quoi” ou “Commencement”. Et j’ai peaufiné tout cela pendant le deuxième petit confinement de novembre. Il y a eu pas mal de choses qui ont aussi été composées pendant ce deuxième confinement, avec un travail de globalisation et de cohérence.

© Celeste Leuuwenburg

Et à quel moment ta rencontre avec La Souterraine est-elle intervenue dans tout ça ?

Cette rencontre date en fait d’avant mon EP Imago, il y a environ quatre ans. J’étais allĂ©e Ă  un concert de l’artiste Chaton. J’y avais rencontrĂ© Benjamin (Benjamin Caschera) de La Souterraine et Ă  partir de lĂ , j’ai envoyĂ© rĂ©gulièrement des maquettes, des morceaux, en leur demandant leur avis, de manière informelle. Peut-ĂŞtre parce qu’il y avait ce cĂ´tĂ© “sans pression”, La Souterraine ne se revendiquant pas comme un label traditionnel.  

Deux de mes morceaux ont été intégrés à des compilations réalisées par le label, dont “Campagne”. Et ce qui est étonnant mais colle parfaitement avec le concept de La Souterraine, c’est que Benjamin a préféré les morceaux que je réalisais toute seule, en tout cas sans grosse production derrière. C’était très encourageant, surtout au moment où je cessais ma collaboration avec mon ancien label.

On a beaucoup aimé DIY pour plusieurs raisons, et notamment dans la manière dont tu t’es amusée avec ton ordinateur, dans ces effets de répétitions, de boucles, délivrant des paroles que l’on pourrait qualifier sans être péjoratif de “stéréotypées” (“C’est fou comme on s’aime”), qui nous a rappelé les répétitions et l’aspect synthétique du mouvement Pop Art par exemple … Il y avait une intention d’insister sur ces effets de répétition ?

Oui, carrément. En fait, j’ai l’esprit très imagée donc quand vous parlez de répétitions, j’ai envie de parler de “collages”. Ce que j’adore, c’est que même en faisant des copier-coller “sales” sur ordinateur, tout cela garde un style, finalement.

C’est quelque chose que j’aime bien et que j’avais dĂ©jĂ  vraiment expĂ©rimentĂ© d’ailleurs dans le premier morceau que j’ai composĂ© quand j’avais 16 ans et qui s’appelle “I’m tired”. C’était dĂ©jĂ  un morceau rĂ©alisĂ© Ă  base de collages, oĂą on entend les voitures qui passent dans la rue, etc … Je trouve ce procĂ©dĂ© de collage très cool, et je l’avais auparavant rĂ©servĂ© Ă  des textes en anglais, mais le français s’y prĂŞte aussi très bien. En gĂ©nĂ©ralisant un peu, je trouve d’ailleurs qu’on ne s’est pas vraiment appropriĂ© ce processus de crĂ©ation-lĂ  dans la chanson française, du moins je ne connais pas beaucoup de textes en français qui soient copiĂ©s-collĂ©s de façon surrĂ©aliste.

MĂŞme avant de lire ta bio, on avait dĂ©jĂ  pensĂ© Ă  la chanteuse Camille, mais il est vrai que ce n’est pas si frĂ©quent que ça dans la chanson française. En tout cas, ce procĂ©dĂ© rejaillit Ă©galement dans ton morceau “Halo d’argent”, oĂą tu colles des ambiances sonores. Ce sont des sons que tu as captĂ©s toi-mĂŞme ?

On rentre dans les mystères de la création ! (rires). J’ai trouvé une banque de samples, et j’y ai recherché beaucoup de sons. Dans “Halo d’argent”, il y a un amoncellement de tous ces bruitages, je ne saurais plus trop dire lesquels.

En tout cas, ça m’a bien amusé car j’avais vraiment l’impression de réaliser une petite recette : mélanger un peu de “tempête de neige” avec un peu de “ bruit de métro ”. Sur le morceau “C’est fou”, je ne sais pas si on le capte, mais il y a cette fameuse chatte en chaleur qui miaule avec un vocoder et de l’autotune, ça m’a fait beaucoup rire.

« En terme de regard portĂ© sur l’amour, on est toujours dans le « feu », dans une sorte de « donne-moi ton cĹ“ur ». »

En parlant de rire, tu aimes aussi jouer avec les mots (« unis vers, je t’aime pas, sio-nĂ©-ment Â» … dans la chanson Â« Paroles Â» de ton EP Tous ces mots ) …

Oui c’est quelque chose qui me plaît bien, jouer avec l’alchimie des mots, avec les mots cachés dans les mots, c’est passionnant… Mais ça ne me viendrait pas naturellement à l’esprit pour chanter derrière une prod’, à l’inverse des moments où je suis derrière un piano.

Pochette de l’album « Tous ces mots » (paru le 04.07.2020)

On retrouve les paroles “je t’aime” à plusieurs reprises, c’est également le titre d’une chanson de DIY et il apparaît souvent dans tes paroles. En quoi le thème de l’amour est-il important pour toi ?

J’en parle beaucoup, mais c’est un thème que je trouve omniprĂ©sent dans la culture actuelle, et en fait il me saoule parce qu’il est souvent abordĂ© de la mĂŞme façon. Pourtant en 2021 il y a plein d’autres choses Ă  dire. En terme de regard portĂ© sur l’amour, on est toujours dans le “feu”, dans une sorte de  “donne moi ton coeur”.

Je ne sais pas trop quoi rĂ©pondre Ă  cette question Ă  vrai dire ! (rires) Ce qui est peut-ĂŞtre intĂ©ressant, c’est que je suis avec mon mec depuis huit ans, et que je parle peut-ĂŞtre  d’amour sous un angle propre Ă  mon histoire. Je pense Ă  mon titre “CrĂ©ateur” qui Ă©voque comment on est crĂ©ateur de son propre amour.

L’amour est effectivement un thème qui me parle. J’avais écrit un texte spécialement dessus, où j’avais essayé de mettre les mots sur ce que je ressens. Je vais vous le lire …

Petit silence, puis Suzanne se lance

“Ça parle d’amour sans voir plus loin

Ça fait du son qui chauffe le bas, qui touche les reins

Ç a trouve des refrains à la belle mélodie mais le sens ne dit rien

Si autocomplaisance, en un mot ça se branle, oui mais bon ça danse

Moi j’crois que le discours pourrait peser plus lourd

J’sais pas si je le fais, mais j’suis pour

Donc j’passe mon temps à digger spotify

Virer les chansons qui me transforment en petite caille”

Merde la vie c’est pas plus profond que “tu m’as trompée” ?

J’me suis trempée en pleurs groovy et en synthé

J’aime le sexe, c’est pas la question

Toi aussi cool, mais qu’est-ce que t’attends

T’as pris le mic, c’est pas le moment

Si 2020 est notre temps

Il y a autre chose à dire nan ?”

Je ne sais pas quoi en penser… c’est un peu rageux peut-être (rires).

« Quand on rappe, c’est comme s’il y avait toujours un cĂ´tĂ© « revendicateur ». J’ai toujours peur de parler de choses qui dĂ©passent mon recul et d’ĂŞtre sous l’emprise d’un Ă©tat Ă©motionnel. »

On imagine bien ce texte “rappé”. En tout cas on sent une fois de plus une influence derrière à l’intersection du rap et de la chanson.

C’est un texte qui est stocké sur mon téléphone… j’en ai d’autres qui sont à cette frontière entre le rap, le slam et la chanson. Mais je ne sais pas trop où les mettre pour l’instant. Je me dis que pour un prochain opus piano-voix ça me ferait délirer d’avoir des textes un peu rap au milieu d’une instru très acoustique.

En tout cas ça me fait plaisir que vous perceviez cette tendance vers le rap. Et c’est difficile parce que quand on rappe, c’est comme si il y avait toujours un cĂ´tĂ© un peu “revendicateur”. J’ai donc toujours peur de parler de choses qui dĂ©passent mon recul et d’être sous l’emprise d’un Ă©tat Ă©motionnel. Et après coup, ressentir alors cette sorte de “flicage” que tu peux subir quand  tu as racontĂ© des conneries… et pourtant dans le rap il faut assumer toutes les conneries que tu dis.

Le rappeur MĂ©dine a rĂ©cemment expliquĂ© aux mĂ©dias que ce n’est pas parce qu’il fait du rap qu’il doit avoir Ă  se justifier de tous ses textes : le rap reste un processus artistique, tu ne crois pas ?

C’est une question hyper intĂ©ressante. J’ai dĂ©battu avec l’artiste Bisou, un pote avec qui j’avais collaborĂ© sur un titre. Il me faisait Ă©couter des sons de Koba LaD un peu violents sur les bords avec Ă©galement des moments “gratuits” qui m’ont saoulĂ©. Quand mon pote m’a rĂ©pondu que c’était de l’art, je lui ai dit que c’Ă©tait un prĂ©texte un peu facile.

Il y a donc un dĂ©bat interne difficile Ă  rĂ©soudre. Mais je suis d’accord sur le fait qu’il ne faut pas aboutir Ă  un rap seulement consensuel, au risque d’atteindre la mort assurĂ©e de cet art. Peut-ĂŞtre alors prendre du recul …

Ce qui est sĂ»r, c’est que si je n’arrive Ă  apporter de rĂ©ponses aux punchlines de rap qui me choquent, c’est alors comme si je me faisais frapper sans rĂ©agir. MĂŞme si cette sorte de clash permanent doit ĂŞtre Ă©galement propre au rap. Mais certains textes qui prĂ´nent le trio argent/drogue/humiliation des femmes me lassent tellement que je voudrais juste trouver les mots, ou que quelqu’un les trouve, pour dĂ©monter ces obsessions qui, en plus de traduire un degrĂ© d’intelligence assez douteux, font selon moi du mal Ă  l’humanitĂ©. J’ai du mal Ă  me rĂ©soudre Ă  appeler art quelque chose de ce type, mĂŞme quand il y a une prouesse technique dans la forme.

© Celeste Leuuwenburg

Dans l’interview, tu nous as parlĂ© de collages. Sur la pochette de DIY, tu associes une couleur Ă  chaque chanson. D’oĂą te vient ton cĂ´tĂ© « synesthĂ©sique » ?

Les chiffres, je les vois en couleur. Parfois j’y pense pour faire un clip… Là je me suis dit que j’allais forcer ce délire en faisant cette proposition à l’auditeur, que je trouve amusante.

Parfois, j’ai choisi la couleur en fonction d’un aspect qu’on pouvait peut-être moins percevoir dans un titre, afin de le mettre en valeur sous un autre angle. Par exemple pour la chanson “N’importe quoi” à laquelle j’ai associé la couleur rose.

Cette association couleur-chanson rejoint le patchwork multicolore de ta pochette, où l’on retrouve également le lien avec l’ordinateur avec ce visuel comme pixellisé …

Oui, c’est une capture d’écran de la palette de couleurs Google. A l’image des collages audio sur mes titres, la pochette a donc également été réalisée de cette façon très brute. Ce qui m’intéresse, c’est cette démarche de ne pas assembler de façon toujours très “clean”.

On a pu voir que tu étais également dessinatrice. Le dessin a dû également t’accompagner dans ton processus de création musicale…

Les deux sont tout Ă  fait liĂ©s, je compose avec la mĂŞme urgence que je dessine. Il faut que ça sorte …

A partir de quand considères-tu qu’une des tes chansons est terminée et qu’elle est prête à être défendue ?

A partir du moment oĂą, soit je la joue, soit je l’écoute dans une version qui me satisfait du dĂ©but Ă  la fin. C’est-Ă -dire une version qui me plait Ă  l’écoute. Je ne sais pas trop quoi dire de plus (rires).

En tout cas, même si j’ai fait une erreur à un moment dans la chanson, si cette-dernière sonnait juste malgré cette erreur, je vais alors la garder, car c’est cette version-là qui m’a plu. A partir de là, j’essaie de ne plus la retoucher.

Cela dépend donc de la vérité de ta création à cet instant ?

Oui, mais ça peut ĂŞtre la vĂ©ritĂ© de mon Ă©coute aussi. C’est-Ă -dire que parfois la chanson est prĂ©-enregistrĂ©e, je ne suis pas sĂ»re de sa version, et en l’écoutant je choisis de ne pas la garder. C’est l’intensitĂ© du ressenti qui est importante pour moi. Pour que je sois touchĂ©e par une chanson que j’ai quand mĂŞme travaillĂ© pendant quelques jours, il faut qu’il se passe quelque chose, une grâce qui me touche, et que j’essaie de ressentir dans mes versions finales.

Pour terminer cette interview, parle-nous d’une chanson francophone que tu aimes !

Je choisis “Paris Mai”, une chanson qui m’a fascinée quand je l’ai découverte, pour son texte et l’interprétation qu’en fait Claude Nougaro en Mai 68 à propos de Paris.

Selon moi s’il y a un morceau francophone qui incarne la proximité entre le rap et la chanson à une époque où on ne s’y attend pas, c’est bien celle-là !

Merci pour cette discussion Suzanne ! A bientĂ´t.


Suzanne Belaubre x DIY x paru le 26 février 2021 (S. Belaubre/La Souterraine)

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Les pistes de l’album :

  1. (vert) Campagne
  2. (blanc) Les voix dorées
  3. (orange) Rester sur Terre
  4. (noir) Je t’aime
  5. (orange) Tout mélangé
  6. (bleu) Yeux d’arbre
  7. (rose) Halo d’argent
  8. (rouge) C’est fou
  9. (jaune) Créateur
  10. (noir) File minuscule
  11. (rose) N’importe quoi
  12. (rouge) Commencement

https://souterraine.biz/album/diy

https://www.instagram.com/suzanne_belaubre/

https://www.facebook.com/pg/suzannebelaubre.artiste/posts/

Propos recueillis par Ryme et Simdo

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