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🔥 Françoiz Breut « J’essaye de mettre du fantastique et du fabuleux, mĂŞme quand il n’y en a pas. »

Ă€ l’heure de son septième album studio Flux Flou de la Foule sorti vendredi dernier, la prĂ©cieuse Françoiz Breut s’est-elle laissĂ©e emporter par les rapides ? Ces courants de plus en plus violents, de toutes sortes et pas toujours identifiĂ©es, qui, si on n’y prend garde, nous courbent l’Ă©chine et l’influx ? Rien n’est moins sĂ»r. AurĂ©olĂ©e de sa gouaille poĂ©tique que l’on prend toujours autant de plaisir Ă  Ă©couter, accompagnĂ©e par ses fidèles Marc MĂ©lia et RomĂ©o Poirier, Françoiz se tient en Ă©quilibre sur un fil de sonoritĂ©s Ă©lectroniques et de remous rythmiques. Une position de choix pour nous faire ressentir avec distance et Ă©lĂ©gance les agitations sensitives de nos quotidiens frĂ©nĂ©tiques.

Nous avons affrontĂ© le FFF (Flux Flou de la Foule) du 9ème arrondissement de Paris en fin d’après-midi pour y rejoindre Françoiz Breut, dans la rĂ©ception d’un hĂ´tel. Entretien flux-vial.


Piste 1 : Bonjour Françoiz ! C’est un plaisir de pouvoir discuter avec toi. Ton 7e album  “Flux Flou de la Foule” sort demain (ndlr : l’entretien a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ© jeudi 8 avril) , comment te sens-tu Ă  cette occasion ?

Françoiz Breut : En fait, c’est très bizarre, car c’est la seule fois oĂą je ne vais pas aller fĂŞter un de mes albums avec mes musiciens. Ça fait pourtant un an qu’on attend beaucoup cette sortie. 15 jours avant le premier confinement, on avait dĂ©jĂ  beaucoup de matière, on Ă©tait en train de finir le disque et on ne s’imaginait pas vivre un jour ce genre de situation. On aurait pu dĂ©jĂ  faire une fĂŞte lorsqu’on a terminĂ© l’album pour de bon en juillet, mais on ne l’a pas fait. Donc, Ă  chaque fois, on se demande quand  est-ce qu’on pourra le fĂŞter!

Je n’ai pas envie de dire que c’est triste parce que je ne pense pas que cette situation soit dĂ©finitive et on a tous envie que le cours normal des choses reprenne, mais pour l’instant on est super impatients de dĂ©fendre physiquement ce disque. Le disque sort et il est dĂ©jĂ  chouette d’avoir les rĂ©actions des gens qui l’ont achetĂ©, d’avoir ce rapport avec le public qui est quand mĂŞme prĂ©sent Ă  travers les rĂ©seaux sociaux et qui donne de l’énergie.    

Dans l’attente des concerts qui seront alors l’occasion de fĂŞter dignement cette sortie ?   

Oui, effectivement. Venir à Paris, rencontrer des journalistes, des gens qui s’intéressent au disque, c’est déjà quelque chose ! Mais je préfère chanter, faire des concerts : défendre ce que j’ai l’impression de savoir faire.

« C’est souvent vertigineux pour moi de construire mes morceaux. »

Flux Flou de la Foule est ton septième album. On a eu beaucoup de plaisir à l’écouter. Ce qui nous a intéressé aux premiers abords, c’est que comparé à ton avant-dernier album en date Zoo (2016) où ton écriture s’ancrait moins dans le réel, tu te confrontes davantage à lui ici. Mais sans trop y plonger, comme si tu te tenais sur un fil au-dessus de lui. C’est aussi la pochette qui nous donne cette impression aérienne. Comment t’y es-tu prise pour parler du réel, mais d’une manière presque relaxante finalement ?

La poésie sert à cela, à mettre de la distance entre les choses. La réalité est beaucoup trop crue pour pouvoir s’y confronter directement. Il y a des cinéastes qui y parviennent très bien, qui filment la réalité très crue. Moi je ne peux pas, c’est trop violent. Ce n’est pas que j’embellis le réel mais j’essaye d’avoir une distance avec lui. Je n’ai pas envie de donner des choses trop horribles à écouter (rires). En plus, je n’arriverais pas à chanter avec des sanglots ou de la peur dans la voix, ce n’est pas possible pour moi. Donc j’essaye de mettre du fantastique et du fabuleux, même quand il n’y en a pas.

En-dehors du fait d’utiliser une Ă©criture surrĂ©aliste et fantastique pour mettre de la distance, on perçoit un travail sur le son. On ressent comme des respirations sur cet album, qui proviennent parfois des sonoritĂ©s Ă©lectroniques qui l’accompagnent Ă  la production. Et les rythmes sont plutĂ´t flâneurs, comme si tu rĂ©ussissais Ă  t’approprier un rythme en parallèle au rythme du “floux flou de la foule”. C’est un aspect que l’on retrouve dans beaucoup de tes albums, mais encore plus dans celui-lĂ  nous trouvons. Tu recherches ce dĂ©calage ?

Absolument pas. En fait c’est souvent assez vertigineux pour moi de construire mes morceaux, et peut-être particulièrement pour ce-dernier album, même si en réalité depuis que j’écris je ne sais jamais où je vais aller. Je me jette.

Parfois j’ai des mélodies que je chante avant. Ici par-exemple, Marc Mélia a composé le morceau “Juste de passage” après ma requête auprès de lui d’obtenir un rythme tribal, celui d’une course où l’on a l’impression que les gens sont à bout. Et il est arrivé avec cette proposition musicale construite. Ce morceau en particulier n’a pas eu d’intervention d’autres musiciens, en comparaison à d’autres morceaux de l’album qui ont été produits sur le mode de l’improvisation, tous ensemble.

Sur “Juste de passage”, comme je n’avais en plus jamais travaillé avec Marc pour la construction d’un morceau, je suis arrivé avec mon texte, j’ai posé ma voix sur sa composition. Bien sûr, il me donnait des petites indications pour apporter des variations mélodiques. Mais c’était très vertigineux donc. Je ne savais pas du tout où j’allais.

Et d’autant plus sur les morceaux dont tu parles que tu as construit en improvisant ?

Oui tout Ă  fait. C’est le cas des morceaux “Mes pĂŞchĂ©s s’accumulent”, “MĂ©tamorphose”, “Comme des lapons” … Évidemment, ils ont quand mĂŞme Ă©tĂ© retravaillĂ©s par la suite, mais il y a eu un premier jet d’improvisation Ă  la suite duquel j’avais presque tout mon texte. Ensuite, il y a eu des Ă©volutions, des changements de mĂ©lodie … En tout cas, je n’ai pas eu conscience en les travaillant et les retravaillant de me construire un rythme parallèle.

Mais ton album a Ă©tĂ© en grande partie Ă©crit Ă  la première personne, et on a eu le ressenti que le protagoniste en question a du mal Ă  se synchroniser avec le monde extĂ©rieur. Dans la chanson “Mon dedans Vs mon dehors”, tu Ă©cris “trop vite, tout va trop vite, trop vite. Tout s’accĂ©lère. Mon dedans ne suit pas mon dehors”.  Pour poursuivre sur la question du rythme, c’est comme si ce protagoniste trouvait que le monde autour de lui allait trop vite et qu’il n’arrivait alors pas Ă  se sentir en harmonie avec son environnement.

Oui, c’est très bien dit, c’est tout à fait cela! On arrive plus à être en accord avec ce qui nous entoure, d’autant plus avec la situation que l’on vit depuis un an.

© Simon Vanrie

Sur le site PointCulture, un très intéressant article se consacre à ton album et évoque l’idée selon laquelle nous serions confrontées de nos jours à une absence d’époque, de par le manque d’invariants nous permettant de nous situer, de piliers sur lesquels nous pourrions nous reposer, et la prédominance de flux de toutes sortes qui n’arrêtent pas de s’accélérer.

On peut avoir une lecture nĂ©gative de cela, en regrettant cette rapiditĂ©, le manque de repères qu’il induit. Mais une lecture plus positive peut nous pousser Ă  dĂ©celer dans tous ces flux divers une Ă©nergie salvatrice, ce qu’il peut se passer dans de grandes villes par exemple. Et c’est cette dernière impression, très agrĂ©able et non-anxiogène, que nous a donnĂ© l’écoute de ta chanson “Juste de passage”.  Quel est ton regard sur ce phĂ©nomène ?

Il se situe entre les deux. Pour parler de la ville, elle peut te donner beaucoup d’énergie et t’en prendre aussi. J’aime vivre en ville parce que je suis entourée de gens, que je peux aller voir facilement. En même temps, quand il y a trop de monde, je me sens complètement envahie, sans espace, sans respiration. Il faut donc réussir à trouver sa juste place là-dedans.


Ce qu’on vit actuellement nous invite davantage à nous pencher sur nos problèmes actuels comme le changement climatique, la pollution : que va t-on faire avec ces derniers ? Comment allons-nous réussir à vivre ? Comment les décisions vont-elles êtres prises ? Et comme ce ne sont souvent pas nous qui pouvons prendre ces décisions, à par des petites, ce qui est très compliqué est qu’on se sent très impuissant par rapport à ce flux de l’économie capitaliste qui continue. On est dedans, on peut faire des petites choses, mais ce flux ne s’arrête pas.

L’article de PointCulture se termine par cette citation empruntĂ©e Ă  Bruno Latour : « On ne peut plus s’échapper, mais on peut habiter d’une autre façon le mĂŞme lieu, ce qui fait reposer l’acrobatie, comme dirait Anna Tsing, sur les nouvelles manières de se situer autrement au mĂŞme endroit. » On peut donc nĂ©anmoins se positionner face Ă  ce flux d’une manière diffĂ©rente ?  C’est ce que tu fais sur la pochette, oĂą tu te contorsionnes, et oĂą on a l’impression que tu vas lĂ©viter …

Si je reste comme sur la pochette longtemps, je vais avoir mal au dos (rires). Mais oui, il faut trouver la bonne position dans ce monde, trouver son Ă©quilibre.

« Il y aura peut-ĂŞtre Ă  un moment un nouveau point de fuite, mais pour l’instant on ne le trouve pas. On est comme derrière un mur en plâtre. »

Tu parles à deux reprises d’absence de “point de fuite” dans tes paroles, dans les chansons “Métamorphose” et “La chute des damnés”.

Oui. On parle bien aujourd’hui de collapsologie. On a l’impression que ce sont des choses que nos dirigeants ne veulent pas entendre. Alors, il y a quand mĂŞme quelques petites actions qui se font mais on a tellement l’impression qu’elles sont complètement superficielles. Des scientifiques ont pourtant bien dĂ©montrĂ© que notre planète est complètement Ă©puisĂ©e et qu’il faut se rendre Ă  cette Ă©vidence. Il y aura peut-ĂŞtre Ă  un moment un nouveau point de fuite, mais pour l’instant on ne  le trouve pas. On est comme derrière un mur en plâtre.

Dans l’avant-dernière chanson de la l’album “Le fantôme du lac”, l’histoire se solde par une disparition et un décès (“nul ne sait combien d’heures se sont écoulées depuis que mon cœur m’a lâché”). On a l’impression que le corps du protagoniste se trouve sous l’eau et disparaît petit à petit face à ce réel trop compliqué.

Je me suis inspirĂ©e du tableau “OphĂ©lie” de John Everett Millais, dĂ©peignant une femme dans l’eau, vraisemblablement noyĂ©e, au-milieu des nĂ©nuphars et des fleurs. J’ai pu en parler avec une professeure d’histoire de l’art qui me disait que non, cette femme n’était pas noyĂ©e, mais flottait. J’aimais donc beaucoup ce tableau qui reprĂ©sentait la mort mais de manière très apaisĂ©e. Parfois, dans un grand moment d’épuisement, peut-ĂŞtre pas vous puisque vous ĂŞtes jeunes, on peut se dire : “ce serait peut-ĂŞtre mieux si j’étais morte, je suis fatiguĂ©e, je n’en peux plus”. Et donc, en voyant ce tableau, je me suis dis en la regardant : “c’est cool, elle est relax, elle n’a plus de soucis, elle est bien, elle va retourner Ă  la terre”. Ce tableau dĂ©peint en l’occurrence le personnage OphĂ©lie de la pièce Hamlet de Shakespeare.

Image dans Infobox.
John Everett Millais, Ophélie, 1851-52, huile sur toile, Tate National Gallery

Après ce morceau très imagé, on termine ton album par le morceau “Mon dedans vs mon dehors” qui fonctionne peut-être comme une petite synthèse de l’album concernant le rapport au temps, avec notamment cette phrase “J’écrase du pied, le demi siècle passé”. Tu as eu l’impression d’un basculement temporel récent du monde qui t’entoure ?

Oui, mais également par rapport à mon âge. J’ai eu cinquante ans au moment où j’écrivais ce morceau. Et en me retournant sur ma vie, je n’arrivais pas à me dire que c’était possible. Tout était passé beaucoup trop vite. On a le nez dans le guidon, on avance, on fait des enfants, on travaille et puis … pouf … on a cinquante ans. Ce sont des constats qu’on fait et on ne se rend pas compte de cette vitesse, même si c’est très banal ce que je dis!

Pas du tout, c’est comme quand on a trente ans (rires).

Et bien moi quand j’avais trente ans, je me sentais très très vieille, peut-ĂŞtre plus vieille qu’aujourd’hui. C’est ça qui est bizarre, ce rapport au temps, d’oĂą cette chanson “Mon dedans vs mon dehors”.

Mes musiciens sont  beaucoup plus jeunes que moi, parfois m’appellent “maman”, ce qui est assez Ă©trange (rires), car je me sens complètement avoir leur âge. C’est vraiment très Ă©trange cette sensation de dĂ©calage. J’ai l’impression de totalement les comprendre, mĂŞme si je suis plus vieille.

Tu as déjà évoqué le musicien Marc Mélia. qui t’accompagne sur le disque. Sur ce disque tes sons sont plus électroniques qu’auparavant … C’est vraiment lui qui t’a mis sur cette voie ?

Je dois dire que j’écoute des styles musicaux très différents, mais j’ai beaucoup écouté des projets électroniques comme The Knife, Austra, ou encore Four Tet qui avait produit les deux derniers Neneh Cherry. J’ai adoré ces deux derniers disques.

Et puis, sur la dernière tournĂ©e, Marc Ă©tait bien prĂ©sent.  J’avais envie qu’il continue Ă  explorer ces sons Ă©lectroniques. Ça m’a amenĂ© dans d’autres sphères et j’ai vu les possibilitĂ©s infinies qu’il pouvait apporter, mĂŞme si tout cela n’était pas forcĂ©ment prĂ©vu. C’est d’abord parce qu’on se sentait bien sur scène que que je me suis dit qu’on allait essayer, et que Marc a ensuite produit le disque.

Cet album s’est donc produit sur la base d’un trio, avec Marc Mélia et également Roméo Poirier ?

On était d’abord quatre avec l’ancien guitariste Stéphane Daubersy qui a ensuite quitté le projet. Et François Schulz du groupe Hoquets nous a ensuite rejoint. Multi-instrumentiste, il avait fait notamment un concept-album sur la Belgique très drôle avec des instruments en bois. Cela a donc permis qu’on ait sur cet album des percussions organiques, et pas seulement provenant de machines.

Tu parles de percussion, cela nous fait penser Ă  l’intro de la première piste “Juste de passage”, avec cette minute de batterie.  Toutes proportions gardĂ©es, il y a avait un mouvement qui nous a fait penser Ă  “Atrocity Exhibition” de Joy Division, qui plus est comme on sait que tu aimes la musique anglaise …

Ah oui pas mal ! En même temps, ce son est bien tribal. Après, il y a des sons beaucoup plus synthétiques qui refroidissent ce côté “chaleur africaine”. C’est marrant que tu y entendes ça en tout cas, c’est chouette !

Et également, à propos de musique anglaise, on a remarqué que c’est le seul album où tu ne chantes pas au moins une chanson en anglais.

Oui, mais on avait Ă©crit une super chanson sur le thème des love dolls  japonaises que je trouve absolument magnifique. J’avais travaillĂ© le texte avec une amie irlandaise, mais on ne l’a pas gardĂ©e car mon anglais n’était pas satisfaisant, peut-ĂŞtre “trop littĂ©raire”. En tout cas j’ai Ă©tĂ© super contente de travailler avec cette amie, surtout que c’était un exercice pour moi assez diffĂ©rent. Je venais avec mon texte et on cherchait ce qui convenait le mieux Ă©tant donnĂ© les possibilitĂ©s infinies des mĂ©taphores du vocabulaire anglais.

Il y a en effet des possibilités incroyables dans cette langue anglaise.

Oui … j’ai d’ailleurs commencé par chanter en anglais. Mais j’aime chanter dans toutes les langues. J’ai déjà chanté en espagnol, allemand, italien… J’aimerais un jour tenter le portugais et l’arabe. C’est d’ailleurs pour cette dernière tentative que j’ai invité le chanteur Jawhar sur la chanson “La fissure”, mais au final nous n’avons pas traduit le texte, qui est resté en français.

« Je n’ai pas besoin qu’on me raconte l’histoire des chansons pour ĂŞtre touchĂ©e. […] Je suis touchĂ©e par la musique, par la sonoritĂ© des mots, par l’âme du chanteur. »

A propos de Jawhar sur le titre “La fissure”, la ressemblance de sa voix avec celle de Bertrand Belin est troublante …

Oui on me l’a beaucoup dit. Ce serait marrant de lui envoyer en disant “Regarde j’ai fait un morceau avec toi !”. (rires)  Mais en fait Jawhar a Ă©galement un projet qui s’appelle Offo Vrae et Ă  ce moment-lĂ  il travaillait ses textes  en français.

Tu as beaucoup tourné et chanté tes chansons en Angleterre. Quelle a été la réception de tes textes de la part du public anglais ? As-tu eu l’impression d’avoir été comprise de ton environnement ? Cela nous fait penser à ce que Mathieu Boogaerts a fait récemment dans son album En anglais, préférant écrire ses chansons dans la langue de Shakespeare alors qu’il habitait Londres.

En fait je n’ai pas besoin qu’on me raconte l’histoire des chansons pour être touchée par la musique. J’écoute des chansons dans toutes les langues du monde, et je suis touchée par la musique, par la sonorité des mots, par l’âme du chanteur.

Quand je suis allĂ©e chanter Ă  l’étranger, les gens me posaient des questions sur mes textes, mais pas systĂ©matiquement, heureusement pour eux ! C’est la force de la musique,  de pouvoir ĂŞtre comprise partout et de toucher les gens.

Ce que j’aime beaucoup aussi, c’est dĂ©couvrir le sens des chansons après coup. Avec internet en l’occurrence, copier-coller les paroles, les mettre dans le traducteur, et dĂ©couvrir alors un sens que l’on ne soupçonnait pas. Je pense comme ça Ă  la chanson « Golden brown” de The Stranglers, qui parle d’addictions Ă  l’hĂ©roĂŻne alors que le morceau semble très lĂ©ger Ă  l’écoute.

capture du clip de « Mes pĂŞchĂ©s s’accumulent » (rĂ©alisation : Simon Vanrie)

Tu as commencé à écrire tes chansons en 2007, après avoir été interprète. Avec le recul, quels sont pour toi les ingrédients essentiels qui font que l’écriture d’une chanson est terminée et que tu peux la défendre ?

C’est difficile de se limiter, car on est vraiment dans un tout petit format avec la chanson. Je dirais donc que c’est à partir du moment où je sais que j’ai raconté suffisamment de choses pour que la chanson puisse être comprise. C’est mon avis.

Les musiciens avec qui je travaille, notamment Marc qui est catalan mais qui maĂ®trise bien le français,  se laissent porter par la musique avant tout. Pendant la construction de l’album, ce n’est pas que je pouvais Ă©crire n’importe quoi sur ses compositions, mais il illustrait musicalement ce que j’avais envie de dire dans mes chansons, en leur donnant l’aspect dramatique. Ce que j’aimais bien d’ailleurs, c’est qu’il me disait : “on peut aussi proposer une musique très joyeuse sur un texte très grave”. Ça se fait dans la musique brĂ©silienne notamment. Et c’est vrai, il a raison, on est complètement libres. Ce n’est pas parce qu’on raconte quelque chose de très grave que la musique doit spĂ©cialement en rajouter une couche. J’aime bien ces idĂ©es de contraste.

Pour en revenir à mes textes, je m’arrête donc lorsque je pense avoir raconté suffisamment de choses pour être comprise. En même temps, c’est très subjectif, et peut-être que les gens ne comprennent pas mes chansons ! (rires)

En tout cas, il y a souvent beaucoup de matière littéraire, et plusieurs axes de lecture possibles dans tes chansons. Et au niveau du résultat sonore, le texte fait souvent bloc avec la musique, on pense notamment à ton titre “Comme des lapons”.

Ce titre, c’est celui sur lequel j’ai travaillé le plus le texte. Pourtant, on ne dirait pas car il y a beaucoup de paroles qui se répètent. Je n’arrivais pas à terminer cette chanson, j’ai fait je ne sais combien de brouillons dessus. Et puis finalement, je me suis arrêtée là.

Et ça t’est arrivé parfois d’abandonner une chanson ?

Oui oui bien sûr, il y a des brouillons qui restent des brouillons.

Ce titre “Comme des lapons” est vraiment le point de dĂ©part du disque. Je suis partie d’un carnet dans lequel j’écris  en lisant quant il y a un mot qui m’intĂ©resse. Il y avait Ă©crit dans ce carnet “odeur laponne”, et ça me faisait penser Ă  une odeur de vieille fourrure, de vieux renne.  Ça peut paraĂ®tre complètement dĂ©risoire, mais l’album est parti de lĂ . Et je me disais que j’aimerais bien aller par lĂ -bas, en laponie, sur ces grandes Ă©tendues blanches oĂą on est portĂ© par des chiens de traineau …

Tu aimerais y enregistrer un disque par exemple ?

Ça coûterait cher… quoique on pourrait y emmener notre matériel, le mettre dans un petit chalet et enregistrer à l’arrache !

Tu as déjà eu l’occasion d’enregistrer à l’étranger, je pense à l’Andalousie pour ton album Vingt à trente mille jours paru en 2000.

Oui, mais c’était Ă  l’Ă©poque oĂą il y avait beaucoup de moyens. OĂą on pouvait faire venir tout le monde et rester pendant un mois dans un studio. Aujourd’hui on pourrait très bien se redonner ces conditions lĂ , mais ce serait nous qui paierions.

On termine cet interview avec notre question ouverte habituelle, en te demandant une chanson francophone dont tu as envie de nous parler !

J’ai une idĂ©e ! Je pense Ă  “Chrysler rose” de Dashiell Hedayat. C’est une chanson oĂą il y a ces paroles superbes : “j’ai une Chrysler tout au fond de ma cour, elle ne peut plus rouler, mais c’est lĂ  que je fais l’amour”. C’est une chanson qui date de 1971, absolument gĂ©niale. Le chanteur a une voix avec des intonations Ă  la Bourvil, mais  derrière c’est très rock et il y a une super basse.

Merci beaucoup pour ce sympathique moment Françoiz. On a très hâte de te retrouver sur scène pour dĂ©fendre ce très bel album !


François Breut x Flux Flou de la Foule x paru le 09 avril 2021 (62TV records)

Cette image a un attribut alt vide ; le nom du fichier est FRANCOIZ-BREUT_COVER_LD.png

Les pistes de l’album :

  1. Juste de passage
  2. Mes pĂ©chĂ©s s’accumulent
  3. La fissure (feat. Jawhar)
  4. DĂ©rive urbaine dans la ville cannibale
  5. Vicky
  6. MĂ©tamorphose
  7. La chute des damnés
  8. Comme des lapons
  9. Le fantĂ´me du lac
  10. Guata
  11. Mon dedans Vs mon dehors

Propos recueillis par Ryme et Simdo

Remerciements à Morgane De Capèle et Boogie Drugstore

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