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🔥 Barrio Colette « Chaque chanson correspond Ă  une manière pour chacun-e d’entre nous d’exprimer ses problèmes. Â»

© Laureat Bakolli

Au commencement, tout est parti d’un faux spectacle de magie … Ă€  l’arrivĂ©e, tout s’est reconstituĂ© sous la forme d’un groupe de potes dont les chansons s’expriment avec une gouaille sidĂ©rante en regardant la vie et ses multiples problèmes dans les yeux, avec amour. Et c’est tout aussi magique ! Cavalant dans les faubourgs genevois, Barrio Colette se sert de ses tiraillements comme autant de tremplins propices Ă  l’expression de ses accords tranchants, ses rythme psychĂ©, ses paroles vibrantes et ses gloussements ravageurs.

Rencontre avec le groupe suisse dont l’hédonisme n’a pas fini de faire causer.


Piste 1 : Salut Anissa et NoĂ©mie. C’est un plaisir de vous avoir pour discuter de votre premier EP « Amour de vivre Â». NoĂ©mie, Ă  la base c’est bien toi qui est Ă  l’origine du groupe ?

Noémie : Non, c’est ce qu’on nous dit souvent mais c’est une légende ! En fait, à la base Anissa et moi on faisait un faux canular de spectacle de magie et on nous a proposé de faire un concert. Anissa avait déjà un groupe et je l’ai alors accompagnée deux fois à cette occasion. Robin Girod de Cheptel Records nous a alors incité à continuer à faire de la musique ensemble, et on y est allé à fond. On a ensuite proposé à Nicolas qui revenait de Paris de nous rejoindre et le groupe s’est formé.

Noémie, en dehors de Barrio Colette, tu es actrice de théâtre ?

Noémie : Oui. Ça fait 6, 7 ans que je tourne, et souvent dans les pièces je voulais chanter, j’étais toujours là à ramener ma chanson, et j’ai dû caler cette envie à un autre endroit parce que je commençais à saouler un peu les metteurs en scène. (rires) Ce plaisir de chanter il fallait vraiment que je le canalise !

Dès le début de la création du groupe, vous avez donc été suivis par le label genevois Cheptel Records, qui a inclus votre titre “Façon façon” dans une de ses compilations. C’est personnellement comme cela que je vous ai découvert, et ce morceau a eu un petit succès car il est même passé à la radio suisse il me semble ?

Anissa : Le titre a plu aux gens je crois avec sa production un peu “vieille France” qui a fait quelque chose. Il a donc eu un certain retentissement et est passĂ© dans plein de radios, ce qui Ă©tait hyper chouette et en mĂŞme temps inattendu car le groupe n’était pas encore vraiment formĂ©. A l’époque de la production de ce titre, c’était d’autres musiciens qui ont jouĂ© dessus, avec moi et NoĂ©mie. Nicolas n’Ă©tait pas encore lĂ . Mais l’idĂ©e Ă©tait dĂ©jĂ  que NoĂ©mie chante ses textes, dĂ©ploie sa voix et qu’elle soit entourĂ©e de musiciens.

Le son du groupe a donc dĂ©jĂ  Ă©tĂ© trouvĂ© Ă  ce moment-lĂ , mais on l’a tout de mĂŞme retravaillĂ© quand on a commencĂ© Ă  faire de la musique tous les trois, ensemble, chez moi ici-mĂŞme, en bossant les premières dĂ©mos et chansons.  On a voulu rĂ©adapter cette musique, en lui donnant un effet “wahou” Ă  trois. Et avec ce premier EP je crois qu’on a rĂ©ussi Ă  trouver un credo assez chouette, qui reste connectĂ© au single “Façon façon” mĂŞme si on sent que la musique est un peu diffĂ©rente dans la manière de faire.

« Des fois on a envie de chialer, des fois on a envie de rire, toutes ces différentes émotions ont vraiment leur place dans notre groupe. »

On sent en effet que vous vous situez avec cet EP dans le prolongement de ce premier single. Il contient la mĂŞme Ă©nergie, avec ses riffs dĂ©vastateurs et libĂ©rateurs, et des paroles qui contiennent comme une envie d’exprimer une invitation Ă  l’épanouissement, la libĂ©ration personnelle et Ă  l’hĂ©donisme, face Ă  des choses qu’on peut sentir comme parfois limitantes. Je pense aux paroles « Ă‡a fait un bail que tu t’oublies Ă  faire semblant, faudrait te laisser aller ” dans « Amour de Vivre Â», ou encore « Et puis bois. Oui oublie tout, t’as le droit. C’est bon d’être saoul. Â» dans la chanson « Les Astres Â». Je suis dans le vrai ?

NoĂ©mie : Tu es carrĂ©ment dans le vrai je crois, hĂ©doniste ! (rires) En plus de ça on est très Ă  l’aise les uns avec les autres avec nos sentiments, nos Ă©motions. C’est vrai qu’on laisse vraiment la place au fait d’être parfois tout pourris, ou gĂ©niaux. Des fois on a envie de chialer, des fois on a envie de rire, toutes ces diffĂ©rentes Ă©motions ont vraiment leur place dans notre groupe. Et c’est aussi de ça dont on a envie de parler dans nos textes. Tu as citĂ© la chanson “Les astres” et “Amour de vivre”. “Les astres” est une chanson que Nico a Ă©crite pour ses copines,  et “Amour de vivre” l’a Ă©tĂ© pour ses copains garçons. Il avait en tĂŞte l’idĂ©e de parler avec ses amis, de leur dire que “c’est ok d’être comme ça, allons-y” !

C’est vrai que les chansons s’adressent souvent Ă  l’auditeur, comme si elles leur Ă©taient directement adressĂ©es, dans un esprit très collectif.

Anissa : C’est vrai qu’on est un groupe d’amis à la base. Et ce qui est chouette pour nous c’est que Barrio Colette est vraiment un médium que l’on utilise pour s’exprimer. On sait que la voix centrale sera celle de Noémie, et comme on écrit tous ensemble les textes dans le groupe, c’est assez plaisant car on n’écrit pas que pour nous. On sait que nos textes vont être chantés avec cette voix, et que l’on écrit pas que pour nous! Par exemple, en écrivant mes textes je sais qu’ils ne vont pas être chantés avec ma voix, et ça change beaucoup leur écriture.

On se rend compte que si nos chansons donnent toute l’impression d’être celles d’un groupe d’amis parlant à un autre groupe d’amis, elles sonnent toute un peu différemment car chaque chanson correspond à une manière pour chacun-e d’entre nous d’exprimer ses problèmes et ses ressentis. Et tout cela à travers Noémie donc, que l’on utilise un peu pour pouvoir placer des paroles et pouvoir dire des choses ! (rires)

Noémie : Le théâtre m’a beaucoup servi pour ça, car j’ai la faculté à interpréter des choses qui ne sont pas forcément les miennes et à me les réapproprier.

Ta voix est très expressive ! Dans une petite interview que vous donnez Ă  La Tribune de Genève, le journaliste cite les Rita Mitsouko, et j’avoue y avoir aussi pensĂ© en t’écoutant, dans ton interprĂ©tation vocale. Est-ce que vous avez envie de dĂ©velopper encore un peu plus votre aspect théâtral, notamment sur scène ?

Noémie : Oui, on rêve d’un grand show. En plus on va faire une comédie musicale en septembre dans un théâtre, et du coup on va piocher des idées là-dedans, pour pouvoir les ressortir sur scène plus tard. On ne sait pas encore quelle forme ça va prendre, mais dans l’idée il faut que ce soit chaud, libérateur. Vu que c’est ce que crée notre musique, il faut qu’en live il y ait ce même effet, celui de se savoir capable de tout faire, que maintenant c’est possible, qu’on est tous capables de … de vivre ! (rires)

Il y a dĂ©jĂ  des petits gloussements, des petits bruitages, des petits ricanements qui participent Ă  cet effet de musique « vivante Â» dans vos morceaux.

Anissa : Je suis glapisseuse professionnelle. On dirait que je suis une bourrée de fin de soirée qui s’est rajoutée à la musique, en train de commenter chaque mot, à coup de “wow wow” “wouhhh”. (rires) En fait j’ai un autre groupe à côté qui s’appelle Bandit Voyage, et c’est quelque chose que j’ai vachement travaillé, même si c’est un travail qui était plus fort que moi. Disons que j’ai trouvé cette voie, à travers toutes mes références et ce que j’écoute. Ça colle assez bien avec ma vie aussi, je suis assez observatrice et j’ai toujours un petit commentaire à faire sur les choses. Et puis avec Noémie, on chante depuis longtemps ensemble et on a toujours voulu faire des backs.

Cela se rapproche aussi de ma manière de faire de la guitare, avec des petits solos bizarres. C’est donc une manière qu’on a trouvĂ© ensemble pour enrober notre musique. Et puis il y un aspect rigolo, avec le cĂ´tĂ© théâtral, rock et en mĂŞme temps très chic de NoĂ©mie, et mon cĂ´tĂ© Ă  moi un peu plus « ghetto Â». Et c’est comme ça qu’on trouve l’équilibre.

NoĂ©mie : On est « ghetto chic », aha !

« On s’est rendu compte de la chance qu’on avait d’avoir cet héritage un peu différent, et on voulait se battre ensemble pour qu’on nous écoute un jour chanter en français. »

© Laureat Bakolli

Tu parles de ton autre groupe Anissa, Bandit Voyage, issu également de cette scène genevoise, qu’on connaît très peu en France. Pourtant, à l’écoute de la compilation de morceaux de groupes de cette scène par Cheptel Records dont je parlais plus tôt, j’ai été vraiment séduit par cette même énergie provenant de tous ces artistes. Vous avez des liens avec ces autres musiciens genevois ? Vous collaborez parfois ensemble ?

Anissa : Dans la scène genevoise musicale, on est tous hyper connectés. Il y a deux ans, Cheptel Records avait organisé une sorte de résidence, et on avait passé deux jours tels des hippies à composer et à faire de la musique. On fait aussi beaucoup de concerts et de co-plateaux avec les autres groupes de Cheptel. Il y a vraiment une scène genevoise. Avec mon autre groupe Bandit Voyage, on vient de signer avec le label Entreprise à Paris, mais avant, on était aussi chez Cheptel.

On s’inscrit dans la musique francophone, et il y a un vent qui est train de tourner, où des gens comme toi mais également des labels sont en train de se dire qu’il y a Québec, qu’il y a la Belgique et maintenant également la Suisse, où l’on tombe assez rapidement sur Cheptel Records qui est un label qui a toujours défendu son ADN francophone. Celui de chanter dans ta langue, dans celle que tu connais le mieux.

C’est un exercice difficile d’employer le français pour la musique, c’est moins instantané, moins pop, et on peut facilement prendre de nombreux chemins de traverse pour arriver à exprimer ce qu’on veut dire, alors que la langue anglaise a souvent un côté plus direct. Mais on s’est rendu compte de la chance qu’on avait d’avoir cet héritage un peu différent, et on voulait se battre ensemble pour qu’on nous écoute un jour chanter en français.

Et vous Ă©crivez donc vos textes Ă  trois tĂŞtes ?

NoĂ©mie : « Les Astres Â» et « Amour de vivre Â» ont Ă©tĂ© Ă©crits par Nicolas. « Filles Garçons Â» a Ă©tĂ© Ă©crit par Anissa, et de mon cĂ´tĂ© j’ai Ă©crit « Pleurer en public Â». Pour les compos, Anissa et Nicolas arrivent avec des accords mais ensuite on fait l’arrangement ensemble.

Anissa : On travaille ensemble à la fin, mais comme on l’évoquait on est un vraiment un groupe d’amis où chacun arrive avec un problème, et demande alors de l’aide. On arrive donc avec des “textes-problèmes”, et ensemble on les chante, on les compose, et c’est alors comme une sorte de thérapie. Quand quelqu’un arrive avec un texte, on s’aide et puis on s’écoute vraiment, et ensemble on essaye d’en faire une super chanson.

Vous aimez aussi ajouter un peu d’acidité à vos textes, comme un recul un peu ironique sur ce que vous vivez. Dans Filles Garçons, vous chantez “Je suis un garçon sensible, j’ai mon Xanax à la ceinture.”

Noémie : Complètement. Par contre, si la question est de savoir si on prend du Xanax ou pas, on ne te le dira pas, haha.

Le Colette dans le nom Barrio Colette, c’est un attachement particulier à l’écrivaine et à son œuvre ?

Noémie : C’est surtout que j’adore profondément ce prénom, je pense que ma fille s’appellera comme ça. C’est aussi le prénom de la grand-mère d’Anissa et le nom du chat de Nicolas ! Les étoiles se sont donc alignées au même moment.

Anissa : On adore l’auteure aussi, mais en tout cas Noémie a toujours eu ce prénom avec elle. Elle me disait toujours “Colette, Colette”. C’est comme si cette Colette existait déjà !

Noémie : En fait je ne sais même pas si je veux avoir des enfants, mais j’adore l’idée de prénommer ma fille Colette (rires) ! Ça fait prénom de personnage hyper cool.

Et par ailleurs, vous avez d’autres inspirations artistiques ou littĂ©raires au sein du groupe, pour votre Ă©criture ?

Noémie : Je suis obsédée par le roman Gros-Câlin de Romain Gary. Le petit bout de phrase de la chanson “Pleurer en public”, “dans un but affectif”, vient de là. Il y a tout un paragraphe sur les buts affectifs dans ce livre. J’adore ce terme, je le trouve hyper beau.

Anissa : Il y a plein d’auteurs aussi pour moi, je ne vais pas tous les citer mais c’est clair que plus tu lis de choses plus tu deviens une sorte de vase géant en puisant dans des phrases, des passages de livres. Tu as besoin d’avoir des mentors comme les auteurs dans la vie, qui t’aident, en dehors de tes parents ou de tes amis. Et on adore lire dans Barrio Colette, nous sommes un groupe lettré ! (rires)

« On s’est imaginé un monde futur où à force de faire des compromis, il ne nous restera peut-être pas grand-chose si ce n’est la mort. »

On retient en tout cas des petits bouts de phrases dans vos chansons. J’ai une question sur “Façon façon”, votre premier single. Qu’est ce que c’est que d’aimer “façon façon” ? J’ai eu l’impression de comprendre ce que ça voulait dire en l’écoutant, mais je ne suis pas sĂ»r de moi !

Noémie : Il y a une histoire derrière cette chanson. Aucun de nous trois ne l’a écrite.

J’ai reçu une fois ce texte d’une femme avec laquelle je travaillais. Elle me disait que j’avais une façon d’aimer qui était “façon façon” c’est-à-dire que je dispersais mon amour en permanence. Je pense qu’elle voulait me faire passer un message. Elle s’est fait des films. Beaucoup de personnes ont tendance à penser que je suis amoureuse d’elles. Pour elle, c’était un peu comme “aimer façon façon”, ou encore “être un robot façon façon.” C’était sa façon de me voir. Et je trouvais beau de chanter la façon que quelqu’un avait de me voir, pas forcément incroyable, mais qui était celle-là. J’ai trouvé le texte très beau, c’était comme un poème. C’était aussi beau de transcender un texte qui m’a fait un peu mal mais que je trouvais en même temps hyper bien. Je me suis dit que j’allais en faire quelque chose.

Anissa : C’était un exercice de chanteuse. Il y a souvent des chanteurs-euses qui sont uniquement interprètes. Ça nous intéressait de commencer le projet avec Noémie “en mode interprétation”. C’est déjà énorme d’interpréter un texte, et on voulait commencer avec un texte pour chanteuse.

Parlons maintenant du clip de “Filles Garçons”, votre seul clip pour le moment. (NDLR : depuis la réalisation de l’interview le clip du morceau “Les Astres” est sorti.) Une réussite je trouve, à la manière d’une vieux show télévisé s’intitulant “Une chanson une vie” où un groupe doit chanter la chanson de sa vie, sans deuxième chance. On ne peut pas s’empêcher de penser au contexte de cette année, où il n’y a pas eu de live.

NoĂ©mie : C’est vrai que c’est un peu en lien avec le contexte actuel. On s’est imaginĂ© un monde futur oĂą Ă  force de faire des compromis, il ne nous restera peut-ĂŞtre pas grand-chose si ce n’est la mort. Avec Anissa on a aussi regardĂ© beaucoup d’archives, notamment celles de la Radio TĂ©lĂ©vision Suisse (RTS) oĂą beaucoup de chanteurs dans les annĂ©es 70 Ă  90 venaient interprĂ©ter une chanson pour prĂ©senter le groupe, et puis basta ! On a donc ajoutĂ© ce cĂ´tĂ© rĂ©tro qui met un peu de recul, parce qu’on n’avait pas envie d’être trop tragique. Il fallait trouver une forme esthĂ©tique. Et puis, c’était aussi une bonne manière d’exprimer oĂą on en Ă©tait tous, et on Ă©tait presque prĂŞts Ă  mourir. On nous a tellement rappelĂ© d’une certaine manière qu’aller voir des concerts allait nous tuer … Le clip Ă©tait donc une bonne façon de parler de tout ça, de manière un peu dĂ©tournĂ©e, sans en faire un sort. C’est ma nouvelle expression favorite : “en faire un sort!” (rires)

Il y aussi le monologue de la présentatrice du début du clip que je trouve scotchant … On se demande alors bien ce qu’il va passer sur scène …

Noémie : C’est fantastique, hein ? Et puis on a compilé nos rêves. Anissa rêvait d’écrire pour le théâtre, et c’est ce qu’elle a fait. Tout ce qu’on rêve de faire, on le fait !

Anissa : L’idée du clip est au début celle de deux personnes, Noémie et moi, fascinées par les lives à la télé suisse, en ajoutant un petit trick qui fait que si on regarde le clip dans vingt ans, on saura bien qu’il y a un côté décalé et qu’on ne se situe pas exactement dans un vrai live.

Au début, on voulait vraiment d’ailleurs que ce soit un vrai live, et que les gens qui regardent la vidéo se disent qu’ils sont devant un vrai groupe des années 70. Et un jour on a pensé qu’il fallait quand même décaler notre idée initiale pour qu’on ait aussi l’impression que le clip forme une œuvre à part entière. C’est ce qui nous a intéressé : prendre un format qui existait déjà et l’emmener dans un endroit où les gens vont se dire qu’il y a un truc bizarre.

Et on a en effet reçu beaucoup de commentaires où les gens faisaient le rapprochement avec une parodie des Inconnus ou des Nuls. Je pense qu’on peut se demander si le clip provient d’un collectif d’humoristes, de musiciens, ou d’acteurs.

C’est cette dimension burlesque et visuelle qui fait tout le sel de votre groupe je trouve. Et on doit vous le dire souvent, mais on pense Ă  d’autres groupes actuels qui ont ce mĂŞme genre de dimensions, comme La Femme par exemple, mĂŞme si cette comparaison peut ĂŞtre rĂ©barbative Ă  force d’être plaquĂ©e un peu partout j’imagine. Quels sont les artistes ou groupes francophones actuels qui vous inspirent d’ailleurs ?

NoĂ©mie : J’ai une passion pour Juliette Armanet, qui est comme mon « xanax Â» vraiment ! J’ai eu un moment de dĂ©prime, et lorsque j’écoutais sa voix j’avais une sensation d’apaisement.

Anissa : J’écoute principalement beaucoup de musiques de personnes aujourd’hui disparues. J’ai une passion pour le rock anglais qui est assez forte. J’adore aussi la scène québécoise. Je ne sais pas si tu connais l’artiste P’tit Belliveau, du label Bonsoud. Je trouve que le Québec a vraiment quelque chose que la France, la Belgique ou la Suisse n’ont pas forcément. Ils osent aller dans un absurde extrême et le public suit. Ici, en Europe, quand tu vas dans un univers trop extrême, on t’avertit vite du fait que les gens ont quand même envie de comprendre. J’ai l’impression qu’au Québec, on s’en fout de comprendre, les gens adorent être pris dans une vague d’une musique intense, avec des univers visuels assez extrêmes. Je ne sais pas si tu connais aussi Klô Pelgag ? Elle est incroyable. Beaucoup d’artistes vont au fond de leurs envies.

Avec Barrio Colette, on essaie d’être dans ce sillon-lĂ , mĂŞme si on a un cĂ´tĂ© aussi plus concret, celui de faire de la pop Ă©coutable, de la « pop variĂ©tĂ©s », qui peut passer parfois Ă  la radio.

Ça s’est passé comment pour vous cette période de gel des concerts ? Vous en avez profité pour vous recentrer et être productif sur votre musique ou vous avez plutôt connu une panne d’inspiration ?

Anissa : Ça a Ă©tĂ© en double teinte. On a vu dĂ©filer beaucoup de mèmes sur les rĂ©seaux du genre : « la première semaine je vais Ă©crire mon livre autobiographique, la deuxième semaine je vais faire un album, la troisième semaine je vais m’occuper de mon jardin et la quatrième semaine je reste au lit pendant des mois Ă  ne rien faire Â». Parce que c’est trop dur en fait, d’avoir trop de temps, puis pas assez, trop de pression, pas assez de pression … C’était une sale pĂ©riode pour tout le monde, on a tous fait ce qu’on pouvait, et s’il en sort ne serait-ce qu’une chanson, c’est dĂ©jĂ  gĂ©nial. On ne s’est pas mis la pression.

NoĂ©mie : C’est bien dit, on a tous fait ce qu’on pouvait !

Merci pour vos réponses ! On finit comme toujours nos interviews par les deux mêmes habituelles questions. La première : quels sont pour vous les ingrédients essentiels d’une chanson ? Qu’est ce qui fait son essence ?

Noémie : Pour le moment, c’est nous trois, ensemble.

Une Ă©nergie collective ?

Anissa : Oui, c’est sûr. Après il y a toujours un équilibre à trouver entre une totale folie, une structure, une envie … Ces trois choses, c’est déjà pas mal. Et puis arriver à garder une liberté. Même si on a envie d’être écoutés et compris, il faut garder une liberté pour pouvoir proposer des surprises, et ne pas garder toujours la même recette.

Ma réponse à ta question serait d’ailleurs peut-être : ne jamais avoir de recettes.

Enfin, vous pouvez nous citer toutes les deux une chanson francophone que vous aimez !

Anissa (à Noémie) : On pense toutes les deux à la même ?

NoĂ©mie : J’espère !

Anissa : On essaye de la dire ensemble ?

Toutes les deux en choeur : Message Personnel de Françoise Hardy !

Noémie : On l’écoute en boucle.


Anissa : C’est la première chanson qu’on a chantée ensemble et qui nous a donné envie de créer un groupe.

C’est fou comme Françoise Hardy a influencé de nombreux artistes ou groupes actuels chantant en français.

Noémie : Ça arrive droit au cœur, elle a compris comment faire pour parler aux gens.

Anissa : Et puis elle a créé des chansons tellement personnelles, du fait de sa guitare, sa voix, même si dans un second temps elle a collaboré avec de nombreux musiciens. Mais l’essence de Françoise Hardy, c’est elle-même et je crois qu’à cette époque on avait moins cette habitude de femme forte qui avait son mot à dire sur la mode, la musique, les textes. Elle faisait tout. Donc grand respect à cette femme qui a révolutionné la musique française !

Noémie : Et l’astrologie !

L’astrologie ?

Anissa : Elle est devenue astrologue, surtout à un moment où une nouvelle scène française arrivait dans les années 80 ou 90, et elle avait envie de prendre de la distance avec la musique. Et puis elle est revenue plus tard dans la musique. Donc, grande dame quoi !

Je ne sais pas comment elle fait, dans ses chansons il y a de la légèreté et une grande profondeur. Elle est capable de t’arracher le cœur avec des phrases simples et dures, le tout avec une voix et une présence formidable. Ses chansons ont en tout cas trouvé de véritables réponses pour continuer à vivre ma vie !

Merci Anissa et NoĂ©mie !! Au plaisir de vous voir monter sur scène, en France pourquoi pas ?


Barrio Colette x Amour de vivre x paru le 23 avril 2021 (Cheptel Records)

Les pistes de l’EP :

  1. Les astres
  2. Amour de vivre
  3. Filles garçons
  4. Pleurer en public

https://www.instagram.com/barriocolette/?hl=fr

https://cheptelrecords.bandcamp.com/album/chptl-051-amour-de-vivre

Propos recueillis par Simdo

Remerciements Ă  Alexandra Lebrethon

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