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🔥 Club VĂ©ritĂ© « À chaque fois on se dit qu’on va Ă©crire une chanson drĂ´le. Et puis Soline commence avec des accords mineurs … Â»

Si vous aussi vous prĂ©fĂ©rez ĂŞtre du cĂ´tĂ© de la vĂ©racitĂ© vraie, vous succomberez certainement au Club VĂ©ritĂ©. Mais comment s’apprĂ©cient les certitudes dans ce futur hyper branlant ? Certainement bien assis sur le velours moite d’un siège rouge de music-hall, en regardant Charlotte et Soline vous rĂ©citer en spectacle leurs chansons-rĂ©alitĂ© ayant survĂ©cu aux derniers jours du disco, de l’opĂ©rette et des hit-parades des 80’s.

Pour leurs dĂ©buts derrière le micro et sur scène, leurs mots sont tantĂ´t tranchants tantĂ´t innocents. On se transforme, on rit de bon cĹ“ur et puis on pleure. Quand nos sentiments les plus exubĂ©rants s’inhibent, Club VĂ©ritĂ© nous les remet Ă  l’endroit. « Quand fourche ma langue j’ai lĂ  un fou rire aussi fou qu’un phĂ©nomène » disait Lolita.

Entretien vérité (ben oui, forcément).


Piste 1 : Salut Club Vérité. Rentrons dans le vif du sujet : comment une partie de ping-pong a été à l’origine de la création de votre duo musical ?

Charlotte : C’est une grosse métaphore, on n’a jamais joué au ping-pong ensemble ! Ce n’était pas une vraie partie de ping-pong.

Me voilĂ  déçu … mais ça m’intĂ©resse quand mĂŞme !

Soline : La partie de ping-pong Ă©tait une “partie de rĂ©ponses” entre nous. Pendant le covid on Ă©tait Ă  distance et on s’envoyait des messages, des chansons … On se renvoyait la balle.

Charlotte : Refaisons peut-ĂŞtre la genèse de notre duo. Il y a cinq ans on a eu envie de faire un groupe de musique fantasmĂ©, qui s’appellerait “Roland et les filles”. Mais on Ă©tait trop nombreuses, on Ă©tait cinq filles … au final ça ne s’est pas concrĂ©tisĂ© et tout est restĂ© Ă  l’état de fantasme. Et puis l’annĂ©e dernière, avant le Covid, avec Soline on s’est dit qu’il fallait vraiment qu’on reprenne notre envie. C’est vrai que dans ce premier groupe de filles, il n’y avait que Soline et moi qui jouions un peu de musique, on bricolait. Alors, on a commencĂ© par crĂ©er une playlist d’inspirations communes Ă  deux …

Soline : C’est en se retrouvant après le déconfinement qu’on a vraiment commencé à travailler sur nos chansons.

Votre musique m’a fait tout de suite penser à une pop rétro légère, synthétique, sucrée. J’ai par exemple pensé à la chanson espagnole de Jeanette “Porque te vas?”. C’était le genre de morceaux que contenait votre playlist par exemple ?

Charlotte : Oui, c’est sûr que cette chanson a été une bonne référence ! On l’avait en trois versions dans notre playlist, dont une version française chantée par l’artiste Clio, que vous avez aussi interviewée d’ailleurs ! Et puis notre liste contenait aussi pas mal de vieilles chansons françaises des années 60.

Soline : Mais aussi beaucoup de morceaux de pop actuelle.

Et dans cette playlist il y avait aussi des morceaux de pop anglophone ?

Soline : Au début on a vraiment essayé de rester dans un répertoire de chansons francophones. Mais oui, en s’autorisant quelques écarts bien sûr avec des chansons anglophones mais aussi espagnoles ou italiennes, plutôt des années 60 …

Charlotte : Sinon, les groupes francophones plus actuels qu’on a beaucoup écouté, c’était Videoclub, Toboggan, Genoux Véner, Charlotte Fever, Vendredi sur Mer …

Soline : Et aussi Catastrophe, La Femme, Reymour, Arielle Tombale …

Charlotte : Mais aussi des choses plus anciennes. Bernard Lavilliers et Serge Gainsbourg. Je suis amoureuse de Serge Gainsbourg.

Soline : Et puis France Gall et VĂ©ronique Sanson bien sĂ»r !

Donc vous partagiez plutôt un goût pour le rétro tout de même ?

Charlotte : Oui ! Et des chansons bien années 60 dans les orchestrations aussi, comme celles de Christophe. On en a aussi profité pour creuser et trouver des chansons géniales chantées par des artistes qui n’ont chanté qu’une fois dans leur vie.

Comme la chanson “Sans Mensonge” de l’actrice Marie Gillain dont j’ai adoré votre reprise sur l’album, et que j’ai trouvé très bien faite, bravo !

Soline : Merci ! Mais on n’a pas Ă©tĂ© toutes seules sur le coup, on a bossĂ© avec un ingĂ©nieur du son rennais du nom de Chombi, qui a super bien fait le taf. Sur notre album, il a fait des arrangements, le mixage, le mastering !

Charlotte : “Sans mensonge” c’est une collaboration Ă  trois avec Chombi ! Il faut vraiment parler de lui parce qu’il est formidable ! Ă€ la base nos chansons Ă©taient bien plus artisanales dans leur rendu. Il y avait certes un charme qu’on a un peu perdu, mais on a gagnĂ© en plein d’autres aspects. 

Club VĂ©ritĂ© + rideaux Ă  paillettes au Salon de Montrouge, octobre 2021 © Club VĂ©ritĂ©

Depuis combien de temps faites-vous de la musique, vous qui avez une autre activité d’artistes visuelles ?

Soline : Avec Charlotte on se complète parce qu’on a appris vraiment différemment la musique. J’ai appris de manière assez scolaire et académique, avec des cours de mes dix à vingt ans, principalement autour du répertoire classique. J’ai arrêté en commençant mes études, mais je me suis récemment acheté un piano numérique pour ne pas perdre cette pratique, et ça coïncidait avec l’envie de Charlotte de débuter un groupe.

Charlotte : J’ai un père musicien qui ne connaĂ®t pas le solfège, mais il m’a appris les accords, et avec cela je joue un petit peu de guitare, un peu d’accordĂ©on chromatique et un peu de piano …

Soline : Mais tu te débrouilles très bien, car tu as un sens pour la composition !

Charlotte : Merci Soso !

Et vous composez toutes les deux au piano ?

Soline : Oui, on part du piano Ă  chaque fois, et puis on passe aux logiciels Ă©lectroniques en choisissant nos sons.

Charlotte : On fait tout ensemble. Il n’y en a pas une qui écrit plus que l’autre les paroles.

Soline : Il y a certaines chansons plutôt écrites par l’une ou l’autre d’entre nous, mais il n’y a pas de règles, il y a des chansons pour lesquelles on est deux à écrire, à composer. Tout est naturel entre nous, on ne s’est jamais attribué de rôle. On aime bien tout faire ensemble.

Charlotte : C’est surtout que je nous considère comme deux “handicapées de la musique”, alors ensemble on se complète, on apprend.

Parlons de votre spectacle, c’est quoi votre intention, votre projet autour de cette création visuelle ? Club Vérité doit d’abord se voir avant de s’écouter ?

Charlotte : Non, toi tu ne l’as pas encore vu notre spectacle par exemple et ça ne t’empêche pas de nous poser des questions aujourd’hui sur nos chansons !

C’est vrai ! Mais alors, quel est votre projet autour de cette création visuelle ?

Charlotte : Je pense que ça vient du fait qu’au départ de Club Vérité, on avait beau être très enthousiasmées par ce projet, on ne croyait pas non plus à fond au fait de faire de la musique toutes les deux.

Soline : C’était dur de se considérer comme légitimes à faire de la musique, de proposer des concerts alors qu’on n’avait jamais fait ça auparavant !

Charlotte : Créer un spectacle autour de nos chansons, c’était peut-être un moyen caché pour nous de faire en sorte que si notre projet ne plaisait pas musicalement, il pourrait au moins plaire visuellement. Quelque part, ça partait un peu de cette volonté.

Soline : Mais je pense aussi que cela vient d’une volonté de Charlotte à la base, et de son travail d’artiste visuelle qui a une pratique de la performance et de la création de costumes. De mon côté je ne me voyais pas du tout faire un spectacle au départ …

Charlotte : Alors qu’en fait c’est elle la vraie bête de scène (rires) !

Soline : On s’est dit qu’on allait plus se marrer à créer des éléments visuels et proposer ce spectacle, plutôt que de simplement voir Charlotte chanter sur une piste de son.

Charlotte : On a donc transformé le rôle qui aurait pu être celui de l’accompagnatrice musicale en un rôle de danseuse ! On danse à la place de jouer nos instruments en live.

Soline : Même si peut-être que tout cela évoluera avec le temps dans nos spectacles, et que le piano sera joué live.

Charlotte : « On adore cette esthétique music-hall, qui a été une explosion de joie après un moment dévastateur. »

Club VĂ©ritĂ© + briques, Paris, un dimanche d’octobre 2021 © Piste 1

Il y a un tableau, un décor visuel différent pour chacune de vos chansons pendant ce spectacle ?

Soline : Oui, lors de l’interprĂ©tation de chaque chanson des choses diffĂ©rentes se passent, en trois parties, pour un spectacle de 35-40 minutes. Il y a des changements de costumes, tous crĂ©Ă©s par Charlotte. Et on a crĂ©Ă© ensemble la mise en scène, la scĂ©nographie.

Et dans l’enchaĂ®nement des chansons, l’action suit un dĂ©roulement avec un dĂ©but et une fin ?

Charlotte : Le déroulement du spectacle vient des idées visuelles. Comme il y a des éléments qui sortent des costumes, nous avions aussi des contraintes logistiques. Nos costumes sont des choses qui s’ajoutent petit à petit en s’enlevant. Donc l’ordre des chansons a aussi été contraint par la conception de ces costumes.

D’où le mot de “transformisme” que vous utilisez pour présenter votre spectacle. C’est une dimension à la base de votre projet, dans un esprit un peu “cabaret” ?

Charlotte : Oui, on adore cette esthétique music-hall. Je me suis intéressée à l’histoire du music-hall, qui est apparu après la première guerre mondiale et a été une explosion de joie après un moment dévastateur. Et donc, le post-covid pour moi c’était une occasion de réinjecter de l’esthétique music-hall, qui contient en plus des côtés un peu naïfs et enfantins, ce que nous sommes toutes les deux. On se marre beaucoup dans la vie de tous les jours, cette esthétique colle donc parfaitement à ce que nous sommes avec Soline.

Soline : On nous dit souvent que nous formons avec Charlotte un duo burlesque dans la vie de tous les jours, et que cette complicité qui existe entre nous est visible dans notre performance.

Charlotte : C’est touchant ce que tu dis, ça va me faire pleurer !

Parfait que vous pleuriez, car ça tombe bien avec ma prochaine question ! En effet, en écoutant votre musique, et sous ses allures légères et sautillantes, on perçoit presque à chacune de vos chansons une vraie mélancolie bien présente. Par exemple, la chanson “Fantôme reggae” a, sous son humour, des allures froides et mélancoliques. “Slow à vélo” est plutôt légère mais également romantico-triste. Même votre reprise du morceau plutôt léger “Sans mensonge” contient une dimension douce-amère je trouve.

Charlotte : A chaque fois on se dit qu’on va Ă©crire une chanson drĂ´le. Et puis Soline commence avec des accords mineurs … (rires) Alors comment se dĂ©brouiller pour Ă©crire une chanson drĂ´le sur des accords mineurs ?

Soline : Oui, on est toujours un peu là-dedans, dans cette mélancolie. Dans notre spectacle, sur les chansons un peu plus tristes on essaye toujours de contrebalancer visuellement cette mélancolie afin de la tourner en dérision. Les gros chagrins, les grosses tristesses, on arrive alors à en rire.

Charlotte : Générer à la fois de la joie et de la tristesse dans un morceau, il n’y a rien de plus fort émotionnellement. Ces morceaux sont ce que nous sommes, toujours dans des sentiments paradoxaux qui génèrent aussi le sentiment d’être vivant. Et, on n’y avait pas trop pensé au départ, mais finalement il y a un côté un peu ambigu dans notre projet. Dans notre spectacle, nous sommes souvent habillées en “lolita”, avec des chansons un peu mélancoliques, mais aussi une dimension clownesque et enfantine. Et donc il y a cette ambivalence. Cette figure de la lolita n’est pas non plus tout à fait innocente, mine de rien. J’aime bien cette ambiguïté.

Parce que la figure de la lolita contient réellement ce côté triste, d’un personnage exploité, instrumentalisé …

Charlotte : C’est un personnage qui a conscience du pouvoir de son charme mais qui est également un peu balloté par les aléas de la vie.

J’allais justement dire que cette ambiguïté entre sentiments doux et amers, c’est ce qui vous place dans la chanson française. Parce que je ne sais pas si vous êtes d’accord avec moi, mais la chanson française la plus vénérée est souvent tout de même la plus émouvante, pour ne pas dire mélancolique … Club Vérité s’inscrit dans cet héritage, dans ce charme un peu français de la chanson ?

Charlotte : Il faut dire aussi qu’il est beaucoup plus facile d’écrire une chanson triste qu’une chanson gaie. On s’est souvent arraché la tête sur les textes en voulant écrire des chansons plus joyeuses.

Soline : Mais on adore aussi écrire des chansons comme “Les cheveux dans le vent” qui n’a pas été écrite dans un esprit mélancolique.

C’est peut-être une des seules de l’album d’ailleurs ?

Soline : Non il y a aussi “BigZoubisous”, notre double-reprise de Carlos et de Gillian Hills. “Chenille leu-leu” aussi, mais elle n’est pas complètement joyeuse. Même si c’est une célébration de la fête, des soirées où l’on danse toute la nuit et de ce qu’on peut exprimer avec nos corps dans ces moments-là, ça dit aussi qu’il n’y a pas que de la joie qui s’exprime dans ces moments de transe.

Charlotte : Il y a “Rhume tropical” qui parle d’angoisses et d’hypochondrie avec autodĂ©rision !

Soline : C’est vrai que nos chansons se situent souvent entre deux registres tout de même.

Comment s’inscrit l’univers de Jacques Demy, que vous citez dans votre présentation, dans votre création à toutes les deux ? J’ai comme ma petite idée là-dessus mais je vous laisse en parler.

Charlotte : Jacques Demy, c’est la recherche de l’enchantement. Mais un enchantement sur fond de mélancolie aussi. Parfois, ses personnages ne se rencontrent pas. Il y a des amours impossibles dans un univers flamboyant. C’est une référence ultime. J’aime aussi la légèreté qui se dégage de ses œuvres, sa poésie fanfreluche.

Soline : Fanfreluche ! (rires)

Charlotte (à Soline) : Ça fait longtemps que tu n’as pas entendu ça, hein ?

Charlotte : « On s’élève mutuellement dans notre construction musicale. C’est quand même cool de partir avec des béquilles pour vivre quelque chose d’aussi fort avec quelqu’un et ne faire qu’un. »

Au niveau de la production musicale, comment est venu le choix des sonoritĂ©s Ă©lectroniques ?  De votre rencontre avec votre ingĂ©nieur du son ?

Charlotte : On avait déjà un goût pour les sonorités des années 80.

Soline : D’un point de vue technique, c’est aussi ce qui nous convenait le mieux.  C’Ă©tait simple, on pouvait fonctionner Ă  distance, chacune dans nos chambres. On n’avait pas forcĂ©ment le matos pour se lancer dans un enregistrement avec des instruments acoustiques.

Charlotte : Mais on a tout de même un peu envie d’évoluer vers plus d’acoustique. De faire évoluer notre spectacle en ce sens.

Soline : Comme on prend petit à petit un peu plus confiance dans notre performance, on se dit qu’on va peut-être pouvoir y amener de nouvelles interprétations plus acoustiques.

On a dĂ©jĂ  Ă©voquĂ© ensemble un peu plus tĂ´t votre reprise de la chanson “Sans Mensonge”, interprĂ©tĂ©e par  l’actrice Marie Gillain et extraite du film de GĂ©rard Lauzier “Mon Père ce HĂ©ros” sorti en 1991, avec notamment GĂ©rard Depardieu en acteur principal. J’ai vraiment adorĂ© ce titre. Qu’est ce qui vous a donnĂ© envie de reprendre cette chanson complètement oubliĂ©e depuis sa parution ?

Charlotte : J’ai redécouvert “Sans Mensonge” en l’écoutant sur le site Radiooooo, en tapant “années 80” et “France”. Je me suis alors rappelée que j’avais vu le film dont elle est issue. La chanson a aussi tout de suite plu à Soline. Le dépouillement sonore, cette voix innocente, enfantine, dont on sent qu’elle ne provient pas d’une chanteuse, tout cela crée un charme fou je trouve. Aussi, on s’appelle Club Vérité, donc “Sans Mensonge” a été notre première envie de chanson ! Ça a été la chanson à la base de notre projet de groupe.

Soline : Et on y a même pensé pour notre nom de groupe.

Charlotte : Mais Sans Mensonge était un peu triste pour un nom de groupe. Club Vérité est comme son versant positif.

“Sans mensonge, quand j’y songe, la vie serait carrément triste” disent les paroles. Il y a donc évidemment un côté complètement ironique dans votre nom de groupe. Vous vous déguisez, vous transformez, vous jouez avec les décors, les costumes dans votre spectacle. Vous ne faites que maquiller la vérité …

Charlotte : Ce groupe est pour nous une manière de mettre en exergue des sentiments et de les calfeutrer par de l’artifice … C’est pas mal ce que je dis … (rires)

Soline : Elle a réfléchi à la question !

Charlotte : C’est marrant, c’est quand on parle des choses qu’on y réfléchit et qu’on finit par poser des mots sur ce qu’on fait. C’est Philippe Katerine qui dit que parfois les journalistes ont l’air d’en savoir beaucoup plus que lui sur ses propres chansons.

Soline : Par rapport à notre nom de groupe, le petit clin d’oeil au “Club Dorothée” nous plaisait bien aussi, d’ailleurs on y fait référence avec notre logo. On est toutes les deux issues de cette génération “Club Dorothée”.

Charlotte : Enfin moi j’avais pas le droit de regarder Club Dorothée, mes parents trouvaient ça trop con. Du coup ça m’a fait fantasmer toute mon adolescence. Je ne devrais pas dire ça, j’adore mes parents !

C’est comment de créer de la musique à deux ?

Charlotte : J’ai envie de souligner le fait que c’est quand même dingue de trouver aussi évident de faire de la musique à deux. L’une sans l’autre, je ne suis pas sûre qu’on ferait grand chose. L’une arrive avec une suite d’accords, l’autre arrive tout de suite à la pimper pour en faire autre chose. C’est ça notre partie ping-pong, on surenchère. Soline m’a aussi poussé à chanter, alors qu’au tout départ, je déclamais simplement nos textes. On s’élève ainsi mutuellement dans notre construction musicale. Et puis, c’est quand même cool de partir avec des béquilles pour vivre quelque chose d’aussi fort avec quelqu’un et ne faire qu’un. (rires)

Soline : On se complète bien, c’est sûr, dans nos personnalités. Et puis parfois, sur certaines chansons, on cherche, on galère. Et on sait toutes les deux intuitivement quand on a enfin trouvé la bonne idée que la chanson est terminée.

Charlotte : Alors, on dĂ©bouche la bouteille et on danse sur la table !

Justement, quand est-ce que vous arrivez à savoir que vous avez terminé une de vos chansons ?

Soline : En cours de route, on a souvent des blocages, on met du temps Ă  finir.

Charlotte : Et puis quand on rĂ©Ă©coute les chansons, on est encore conscientes des passages Ă  retravailler, notamment Soline qui a une oreille hyper fine je trouve. Je ne sais pas comment on dĂ©cide qu’une chanson est terminĂ©e en tout cas… c’est toujours très mystĂ©rieux. Les morceaux peuvent ĂŞtre tellement revisitĂ©s et prĂ©cisĂ©s en permanence.

Soline : « On peut rentrer dans plusieurs champs et c’est cool, ça nous fait rencontrer plein de personnes différentes. »

Vous êtes également artistes visuelles. Comment se passe la création de vos œuvres en comparaison à la création de vos chansons, dans le fait de savoir les terminer ?

Charlotte : Quand on peint toutes les deux à la gouache, c’est toujours difficile de se dire que la toile est terminée. Surtout que la gouache, ça se remélange tout le temps! Mais je pense que c’est le cas de tous les projets.

Soline : Mais j’ai quand même l’impression que le fait de terminer une chanson n’a jamais été un problème pour nous, on le sait assez instinctivement, comme si c’était évident.

Quelle est votre impression du monde de la musique par rapport Ă  celui des arts plastiques/visuels ?

Charlotte : Pour l’instant nous n’avons joué que dans des centres d’art contemporain.

Justement, comment percevez-vous ce milieu de la musique, vous auriez envie d’y rentrer également, à terme ?

Soline : Pour l’instant nous saisissons surtout les opportunités de Charlotte qui a déjà sa place en tant qu’artiste dans le monde de l’art contemporain. Et je pense qu’on a une petite timidité à aller vers le monde de la musique parce qu’on ne se considère pas encore comme des musiciennes.

Et vous n’auriez pas envie de raccrocher les deux wagons, entre champ de l’art contemporain et champ de la musique ?

Charlotte : Si si, mais le projet vient Ă  peine de sortir, et très vite nous avons eu des propositions pour jouer dans des artist-run spaces, des galeries, nous avons Ă©tĂ© invitĂ©es au Salon de Montrouge … Il y a Ă©galement un centre chorĂ©graphique qui a vu dans notre projet un intĂ©rĂŞt pour sa programmation de danse, mais Ă©galement un festival de musiques Ă©lectroniques et actuelles. Donc, tout reste possible pour nous en termes de discipline : danse, théâtre …

Soline : On pourrait même penser au cirque, parce qu’il y a quelque chose de clownesque dans notre spectacle. Ou au music-hall. On peut rentrer dans plusieurs champs, on est plutôt pluridisciplinaires, et c’est cool, ça nous fait rencontrer plein de personnes différentes.

Et donc tous ces centres d’art contemporain ou de chorégraphie se montrent également très intéressés par vos chansons en tant que telles, ou plutôt par l’aspect visuel, le spectacle qui les accompagne ?

Soline : Je pense que ces centres d’art contemporain se montrent plutĂ´t intĂ©ressĂ©s par notre spectacle, oui.  Ceci dit, Ă  chaque fois, on a autant de retours sur l’aspect visuel de ce qu’on propose que sur nos chansons.

Merci Club Vérité pour votre disponibilité, votre gouaille et votre sincérité. On finit par notre invitation traditionnelle à nous citer une chanson écrite en français de votre choix pour conclure notre rencontre.

Charlotte : Je crois que Soline déteste ma chanson préférée. C’est “Pull Marine” d’Isabelle Adjani.

Soline : (immense suspense **)

** Soline a préféré ne pas donner de réponses à cette ultime question, ce suspense durera donc toujours


Club Vérité x Les Cheveux dans le Vent x paru le 7 avril 2021 (Club Vérité)

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Les pistes :

  1. Ronde
  2. Sans Mensonge (reprise)
  3. Slow Ă  VĂ©lo
  4. Chenille Leu Leu
  5. Le Gramophone
  6. Rhume Tropicale
  7. Mic Mac
  8. FantĂ´me Reggae
  9. Les Cheveux dans le Vent
  10. Bigzoubizou ( double reprise)

Retrouvez Club Vérité ici : https://clubverite.bandcamp.com/album/les-cheveux-dans-le-vent-2

Propos recueillis par Simdo

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