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đŸ”„ Écran Total « On part en voyage et on ne sait pas oĂč on va arriver. Â»

© Écran Total

Sur la scĂšne des Trois Baudets Ă  Paris ce jeudi soir, vous aurez l’occasion d’expĂ©rimenter « la mĂ©canique de la snooze » en compagnie d’Écran Total. Alors, ne rĂ©sistez surtout pas Ă  la tentation d’appuyer sur ce bouton de votre rĂ©veil qui vous replongera instantanĂ©ment dans les limbes : l’endroit rĂȘvĂ© pour apprĂ©cier Ă  sa juste valeur leur scotchant premier EP Schaerbeek Love sorti Ă  l’automne dernier. Attention toutefois Ă  ne pas rester coincĂ© dans ce monde parallĂšle, en compagnie des doux mots susurrĂ©s par Margaux et des accords vaporeux brodĂ©s par Camille, on ne voudrait pas non plus vous voir glisser tout doucement vers le mĂ©tavers …

Entretien-hypnose en compagnie de Margaux et Camille, rĂ©alisĂ© l’automne dernier dans un restau chinois de Belleville.


Piste 1 : Merci Écran Total de m’accorder cet entretien ! J’ai beaucoup apprĂ©ciĂ© votre EP. C’est le morceau “Schaerbeek Love”, justement Ă©ponyme Ă  l’album, qui m’a fait complĂštement plonger dedans.

Margaux : Merci beaucoup. D’ailleurs on prononce   “S-k-arbĂšk Love”. C’est un quartier de Bruxelles. Mais on ne chante ce nom Ă  aucun moment dans notre EP donc ne t’inquiĂšte pas, beaucoup de personnes ne savent pas comment on le prononce (rires). 

Comment avez-vous enregistrĂ© ce premier EP ? 

Camille : On a tout enregistré, mixé, masterisé en home-studio, tous les deux.

Margaux : On a tout composĂ© Ă  Bruxelles. Ensuite, on a cherchĂ© Ă  s’entourer pour le mix, et on n’a pas trouvĂ© de collaborations qui nous plaisaient. En fait, on pensait que n’importe quel mix allait plus ou moins nous convenir. Mais on s’est aperçu vite qu’on avait des idĂ©es hyper prĂ©cises du rĂ©sultat auquel on voulait aboutir, et on n’arrivait pas Ă  les communiquer. Alors on a fini par faire le mix nous-mĂȘme. On a bien pris un Ă  deux mois par morceau pour mixer car nous ne sommes pas du tout ingĂ©s son tous les deux. On a beaucoup bidouillĂ©, on est mĂȘme arrivĂ©s parfois Ă  des Ă©volutions sans le faire exprĂšs. Il y a donc des morceaux qui ont pas mal changĂ© pendant cette phase de mix. Mais on a dĂ©jĂ  pu voir la diffĂ©rence entre le premier morceau que l’on a mixĂ© et le dernier. On s’est bien amĂ©liorĂ©s dans la technique (rires). 

C’est gĂ©nial d’avoir pu apprendre toute cette Ă©tape de mix vous-mĂȘme. Vous en ressortez prĂȘts Ă  retenter cette expĂ©rience ?

Camille : À  fond, et pourquoi pas autour de la rĂ©alisation d’un album cette fois. 

Margaux : En fait, il y a eu une vraie unitĂ© pour la crĂ©ation de cet EP. On a tout composĂ© dans une unitĂ© de temps et de lieu : chaque morceau a Ă©tĂ© composĂ© dans ce quartier de Schaerbeek donc, en une journĂ©e Ă  chaque fois, et le tout sur trois week-ends d’un seul mois. 

Camille : Margaux m’a d’abord invitĂ© pour un weekend Ă  Bruxelles et on avait commencĂ© par la composition de deux morceaux, trĂšs tranquillement, en prenant l’apĂ©ro. Et quand je suis retournĂ© Ă  Lyon, on s’est dit que c’était trĂšs cool ce qu’on avait fait et qu’il fallait qu’on retente l’expĂ©rience. Alors, Ă  Bruxelles, un autre weekend, on a fait deux morceaux, et puis deux autres un troisiĂšme weekend.

Margaux : En un mois et demi on avait tous les morceaux de cet EP. On a commencĂ© par sortir les morceaux “Rayon Vert” et “Finie la fĂȘte” pour partager nos premiĂšres crĂ©ations, avec deux clips. 

Camille : Le label La Souterraine a bien aimĂ© notre morceau “Rayon Vert” et grĂące Ă  leur soutien nous avons pu, par chance, commencĂ© Ă  passer sur FIP avec ce morceau.  Ă€ notre plus grande surprise et plaisir!

Les conditions de composition de votre EP ont donc Ă©tĂ© plutĂŽt rapides, et on peut d’ailleurs noter un aspect trĂšs instantanĂ© dans vos compositions et dans votre Ă©criture. Est-ce que vous avez utilisĂ© le procĂ©dĂ© de l’écriture automatique parfois ? 

Camille : CarrĂ©ment, il y a un cĂŽtĂ© comme ça. Pour l’Ă©criture des textes, Margaux se mettait au micro et tentait des choses spontanĂ©ment. On les re-travaillait ensuite ensemble.

Margaux : On faisait donc l’ enregistrement de la maquette de la chanson en une journĂ©e. Ensuite on Ă©coutait ce qu’on avait fait. 

Camille : Il y a donc ce cĂŽtĂ© instantanĂ© dans nos textes et mĂȘme dans nos prises de voix.

Margaux : On n’a d’ailleurs pas su refaire ces premiĂšres prises de voix parfois … On les trouvait plus intĂ©ressantes telles quelles. 

Camille : Oui, parfois on n’a pas su recrĂ©er cette Ă©nergie initiale. Et notamment un solo de chant avec un micro qui tombe, et qu’on a prĂ©fĂ©rĂ© gardĂ© finalement, parce que l’Ă©nergie Ă©tait cool. Bon, on a rachetĂ© un meilleur micro Ă  prĂ©sent, mais on se dit toujours que si il y une petite particularitĂ© qui sort directement et spontanĂ©ment de nos sessions d’enregistrement, et qu’on l’aime, on peut la garder. On reste trĂšs attachĂ©s Ă  ça.

« ll y a un aspect auquel on est attachĂ©, c’est la lutte contre l’autocensure, cette tendance Ă  trouver que ce que tu fais est nul. »

Camille

Mais vous aviez vraiment cette envie de tout composer en trĂšs peu de temps, c’est-Ă  dire chaque maquette de morceau en un jour, ou cela s’est fait par la force des choses ?

Margaux : J’écrivais dĂ©jĂ  des chansons avant Écran Total. Et je le faisais trĂšs directement. Je pense que j’ai communiquĂ© cette maniĂšre de faire Ă  Camille : cette envie de ne pas trop se prendre la tĂȘte, de garder ce qui est chouette, petit Ă  petit. J’ai dĂ©jĂ  bossĂ© avec des personnes qui peuvent bloquer sur de petits passages de leur crĂ©ation. Mais j’ai toujours prĂ©fĂ©rĂ© ne pas prĂȘter attention Ă  ces dĂ©tails, et continuer d’abord Ă  crĂ©er jusqu’Ă  finir le morceau. Pour le peaufiner ensuite.

CrĂ©er une chanson rapidement, c’est donc dĂ©jĂ  une chose que je faisais avant. Par contre, oui, le fait d’avoir un weekend Ă  chaque fois pour crĂ©er ensemble les chansons de cet EP faisait qu’on produisait rapidement. Camille arrivait Ă  chaque fois avec ce petit doute : est-ce qu’on va rĂ©ussir Ă  continuer ? A tenir ce rythme ? Et cela nous a maintenus dans cette dynamique.

Camille : Je me demandais en effet si on allait Ă  chaque fois rĂ©ussir Ă  atteindre ces moments « magiques » propres Ă  la composition. J’Ă©tais un peu sceptique sur ça. Mais il y a un aspect auquel on est attachĂ©, c’est la lutte contre l’autocensure, cette tendance Ă  trouver que ce que tu fais est nul. On essaye surtout de ne pas s’autocensurer.

Vous me tendez une perche pour aborder la question de l’inconscient, qui regroupe Ă©videmment les thĂ©matiques du rĂȘve et du sommeil qui vous sont chĂšres dans l’album. En effet, on a l’impression que vos phrases dans les chansons proviennent des limbes du sommeil ? Comme si on les avait extraites de vos rĂȘves. 

Camille :  À fond, on est vraiment lĂ -dedans. On aime bien aussi que nos paroles ne soient pas frontales et que des idĂ©es travaillent en arriĂšre-plan. J’ai souvent eu cette sensation quand on Ă©crivait que le sens des choses nous dĂ©passait, qu’il Ă©tait mouvant. Et ça nous intĂ©resse beaucoup de travailler lĂ -dessus. 

Margaux : Et nous avons Ă©crit trĂšs rapidement les premiers jets de nos chansons, dans une sorte de flow qui arrivait. Tout cela s’est fait naturellement. On trouvait que nos mots Ă©taient cools. Le fait que tout a Ă©tĂ© Ă©crit de maniĂšre trĂšs instantanĂ©e nous permettait de ne pas trop rĂ©flĂ©chir. 

Camille : On ne s’est pas dit en effet qu’on allait Ă©crire une chanson suivant telle ou telle idĂ©e prĂ©conçue. Margaux posait plutĂŽt en premier lieu une idĂ©e de percussion par exemple, et tout se dĂ©roulait ensuite de maniĂšre trĂšs empirique. 

Margaux : Les chansons se sont construites par couches qu’on assemblait. Et puis c’est ensuite sur le mix qu’on a surtout travaillĂ© et oĂč l’on a passĂ© beaucoup de temps. On a essayĂ© de faire tout un travail sur le son qui nous a parfois fait prendre des directions super bizarres, pour revenir finalement Ă  des choix antĂ©rieurs. 

Camille : Concernant l’étape du mastering par exemple, on a parfois fait jusqu’Ă  70 masters, et mĂȘme plus pour certains morceaux. On passait donc des semaines pour trouver le son qui nous convenait. On savait ce qu’on voulait mais on ne savait pas comment le faire. On tĂątonnait 
 

Margaux : C’Ă©tait ultra expĂ©rimental.

« J’aime les chansons oĂč les textes avancent tout doucement, oĂč on a l’impression que c’est une lente vague qui arrive. »

Margaux

Comment vous y ĂȘtes vous pris pour apprendre le mastering sans rien connaĂźtre au dĂ©part ? 

Camille : On a essayé de se débrouiller en regardant des tutos.

Margaux : On a essayĂ© tout un tas d’effets. DĂšs qu’on trouvait un bon truc, on notait tout dans un carnet … Mais on n’a pas vraiment retenu les leçons qu’on aurait dĂ» tirer Ă  chaque Ă©tape du master.

Camille : On a pas mal de potes ingĂ©s son qui regardaient nos sessions de travail et nous disaient « mais vous faites n’importe quoi !« . (rires) Ils trouvaient ça trop cool en mĂȘme temps qu’on essaye de se dĂ©brouiller seuls, et ils nous encourageait.

Margaux : Ils nous disaient en effet que la mĂ©thode tue parfois la crĂ©ation et que travailler instinctivement peut empĂȘcher ça. 

Finalement, on peut dire que cette mĂ©thode personnelle de mastering a dĂ» apporter quelque chose Ă  votre disque ? Vous devez en ĂȘtre d’autant plus fier ? Et aussi j’imagine que vous avez beaucoup travaillĂ© le rendu de la voix : elle s’incrĂ©mente vraiment bien Ă  la musique. Dans la lenteur de son Ă©nonciation, son aspect onirique ..

Margaux : Ouais, j’aime bien cette lenteur ! On ne s’est pas forcĂ©ment rendu compte de cela au dĂ©part, mais une pote me disait que la lenteur permet Ă  l’auditeur de rĂ©ajuster complĂštement le texte et de laisser beaucoup de place Ă  une interprĂ©tation personnelle. Cela laisse donc Ă©normĂ©ment de place Ă  la rĂȘverie. J’aime les chansons oĂč les textes avancent tout doucement, oĂč on a l’impression que c’est une lente vague qui arrive. J’aime bien les voix vaporeuses 


Camille : Et on a voulu traiter la voix dans le mix de façon Ă  ce qu’elle soit trĂšs en-avant, trĂšs prĂ©sente par rapport aux instruments. Et ça, ça me fait penser par exemple Ă  Gainsbourg qui mettait la voix trĂšs en-avant dans ses disques, comme si elle nous parlait Ă  l’oreille.

Margaux : Ça crĂ©e tout de suite une sorte intimitĂ©. Une pote nous a mĂȘme dit que c’Ă©tait une « voix doudou » et je trouvais ça chouette ! (rires) J’aime bien ces chansons oĂč la voix devient presque familiĂšre, et on peut alors s’y raccrocher.

Vous vous dĂ©crivez comme un groupe de pop subliminale. Vous pensez donc garder ce processus de crĂ©ation Ă  l’avenir : dans le domaine de l’inconscient, du rĂȘve, dĂ©crire une rĂ©alitĂ© personnelle plutĂŽt que de l’affronter de maniĂšre frontale ?

Margaux : Le cĂŽtĂ© subliminal de nos chansons tient aussi compte du fait que nous arrivons dans la crĂ©ation sans idĂ©e prĂ©conçue de ce qu’on veut faire. Cela crĂ©e donc des choses un peu Ă©tranges. Il n’y pas de plan avant de partir, on part en voyage et on ne sait pas oĂč on va arriver. C’est aussi ce que Camille apprĂ©cie, car il aime beaucoup de styles de musique diffĂ©rents. On a donc pu par exemple partir sur un thĂšme de reggaeton sur “Finie la fĂȘte”, mais qui n’est pas non plus complĂštement un thĂšme de reggaeton. On fait donc des chansons hybrides, et cela raisonne beaucoup pour moi avec la thĂ©matique de l’inconscient. On est expĂ©rimentaux.

Cela vous laisse une grande libertĂ©. Vous pouvez donc partir dans presque n’importe quelle direction musicale Ă  l’avenir ? 

Camille : On aime bien les effets de surprise. On espĂšre donc que ce qu’on sortira dans le futur sera un peu surprenant. On a besoin d’ĂȘtre surpris, ne pas faire ce qu’on pourrait attendre de nous. On fera notre musique et on verra bien si ça plait. Cet attachement Ă  la surprise, Ă  l’étonnement,  vient d’ailleurs aussi de notre nom de groupe “Écran Total”. 

A propos de votre nom de groupe justement, est-ce qu’il aurait Ă  tout hasard un lien avec ces paroles d’Alain Bashung dans la chanson “Je me dore” de son album L’Imprudence, Ă©crit justement de maniĂšre surrĂ©aliste : â€œĂ©cran total sur les pores de ma peau, Ă©cran total sur nos remords” ? 

On a bien le double sens de l’expression Écran Total :  “crĂšme solaire” et « disparition, opacitĂ© » des sentiments, des pensĂ©es, derriĂšre un Ă©cran par exemple 
 

Margaux : En effet, c’est gĂ©nial, je note!

Camille : Oui, on est en bien attachĂ©s Ă  ce double-sens. En l’occurrence, je pense surtout Ă  tous les Ă©crans qui nous entourent. Margaux a justement Ă©crit un mĂ©moire sur les smartphones qui s’appelait : “Qui contrĂŽle qui de part et d’autre de l’écran ?”.  C’est un sujet de recherche qui nous intĂ©resse beaucoup. Je ne sais pas si tu as vu la prĂ©sentation de Mark Zuckerberg sur le metavers ? Grosso modo il nous dit qu’on va vivre dans un monde virtuel, construit Ă  base d’avatars. Sans forcĂ©ment se positionner comme contre ou pour, on essaye d’avoir une vision critique de tout cela. Bon, tu as dĂ» voir aussi que Feu Chatterton! avait fait une chanson qui s’appelait “Ecran Total” dans leur dernier album. C’est un sujet hyper actuel. Je pense que beaucoup d’artistes continueront Ă  se pencher sur ce thĂšme dans le futur. 

Margaux : Et c’est un sujet rĂ©ellement prospectif pour nous, et c’est un peu marrant car la science-fiction est aussi un sujet qui nous inspire beaucoup. 

Question un peu “challenge” de ma part : est-ce que l’hypnose est une expĂ©rience qui pourrait vous intĂ©resser pour Ă©crire ? Pour atteindre une sincĂ©ritĂ©, sans l’auto-censure dont vous parliez justement. 

Camille : Je pense que beaucoup d’idĂ©es sont dans l’air, pour reprendre Platon. Quand tu lĂąches prises, comme quand tu es sur le point de t’endormir par exemple, il y a plein d’idĂ©es, d’images qui passent, d’ailleurs elles sont trĂšs intĂ©ressantes et il faut les noter sinon elles disparaissent Ă  jamais. Et donc c’est vrai qu’en crĂ©ant des conditions d’hyper relĂąchement comme l’hypnose, je pense que beaucoup d’idĂ©es pourraient nous venir 
Mais c’est une expĂ©rience qui me ferait trĂšs peur. 

Margaux : Je ne vois pas comment l’hypnose pourrait ĂȘtre un dispositif de crĂ©ation dans notre cas. Je ne vois pas Ă  quoi pourrait ressembler une situation dans laquelle un hypnotiseur nous inviterait Ă  dire les paroles d’une chanson. En fait, je me dis que l’hypnose est forcĂ©ment guidĂ©e par une tierce personne. 

Camille : Mais la personne qui nous hypnotiserait arriverait peut-ĂȘtre Ă  faire ressortir des choses personnelles. 

Margaux : Oui, mais Ă©crire une chanson, c’est une chose encore diffĂ©rente. Parfois moi aussi je me mets Ă  Ă©crire des choses automatiquement, mais cela ne forme pas une chanson pour autant. Je pense aussi que, sans atteindre l’hypnose, l’état dans lequel on se met pour la crĂ©ation de nos chansons est peut-ĂȘtre, un peu dĂ©jĂ , de l’ordre de la transe : on prend l’apĂ©ro, on se met Ă  l’aise 


Vous Ă©coutez de la musique ensemble ?

Camille : Non, ça nous influencerait trop. Et on écoute presque jamais de musique ensemble !

Margaux : On Ă©coute pas la mĂȘme musique. De mon cĂŽtĂ©, j’écoute beaucoup de musique noise, un peu bizarre. 

Camille : Margaux Ă©coute aussi de la pop, alors que je suis plutĂŽt branchĂ© jazz et “musiques du monde”. On a pas du tout le mĂȘme univers musical, les mĂȘmes rĂ©fĂ©rences. Par contre quand on compose, ce qui est hyper important pour nous c’est d’arriver Ă  un consensus : qu’on soit tous les deux contents de nos idĂ©es, qu’on arrive Ă  se trouver. Au pire, on laisse une idĂ©e traĂźner une journĂ©e et on la reprend le lendemain. Mais il faut qu’on soit d’accord. 

Tu parlais du quartier de Bruxelles « Schaerbeek » Margaux, et de cette unitĂ© de temps et de lieu dans lequel vous avez composĂ© l’EP. A quel point tu es attachĂ©e Ă  ce quartier, Ă  quel point tu penses que tu t’es laissĂ©e influencĂ©e par cet environnement pour composer ?

Margaux : J’étais en Ă©tudes aux Beaux-Arts de Bruxelles dans une grosse colocation oĂč j’avais tout le sous-sol pour moi. C’était un peu comme une cave. Et c’est peut-ĂȘtre l’effet que la Belgique m’a fait : ĂȘtre Ă  l’étranger, dans un pays francophone certes, mais dans un quartier dont je n’arrivais pas Ă  prononcer le mot au dĂ©part. Et donc il y avait cette condition mentale que j’avais et qui est celle de se sentir Ă  l’étranger. Tu es peut-ĂȘtre plus ouvert Ă  la dĂ©couverte, tu as l’impression d’ĂȘtre plus facilement dĂ©paysĂ©. Il y a avait Ă©galement un super parc Ă  cĂŽtĂ© de notre maison et de superbes couchers de soleil. Et puis Schaerbeek correspond aussi Ă  la rencontre de Camille qui venait pour composer Ă  ce moment-lĂ . Le nom de l’EP, “Schaerbeek Love”, Ă©tait d’ailleurs son idĂ©e. 

Camille : Appeler l’album comme cela me semblait hyper logique, comme tout avait Ă©tĂ© crĂ©Ă© lĂ -bas. Je pense que l’EP est emprunt de cette ambiance. D’ailleurs notre pochette est composĂ©e d’un polaroid de ce moment-lĂ . 

Margaux : C’est le coucher de soleil de la terrasse oĂč on Ă©tait. Tous les soirs on avait ces beaux couchers de soleil 
 

Camille:  J’aimais bien l’aspect cosmopolite de cette ville, avec des immeubles pas trĂšs hauts, beaucoup de parcs. Cet aspect aussi que je trouvais un peu “annĂ©es 90” dans l’air, ce n’est pas super moderne parfois, et je trouvais ça cool.

Parlons de la place de l’image dans votre musique. DĂ©jĂ  par rapport Ă  ta pratique de plasticienne Margaux, et aussi Ă  vos rĂ©fĂ©rences cinĂ©matographiques. Je pense Ă©videmment au morceau “Le rayon vert”, rĂ©fĂ©rence voulue au film d’Eric Rohmer ?

Camille : Oui, tous les deux on aime bien les films de Rohmer. 

Margaux : Dans ce film, Le Rayon vert, il n’y avait pas scĂ©nario Ă  la base, il s’est totalement improvisĂ©. Et j’avais dĂ©jĂ  Ă©crit beaucoup de chansons qui s’appellaient “Rayon Vert”, c’est une de mes inspirations favorites (rires). Ce film m’a marquĂ©. 

Et cela fait le lien d’ailleurs avec les couchers de soleil sur la terrasse de cet appartement Ă  Scharbeek 
 

Margaux : C’est clair! Quant aux rĂ©fĂ©rences visuelles pour l’EP, on les a pas mal explorĂ© sur le clip du morceau « Ă‰cran Total ». On a crĂ©Ă© tout un monde virtuel, et on s’est Ă©clatĂ© Ă  imaginer ce monde qui s’appelait Razil City, une rĂ©fĂ©rence au film Brazil de Terry Gilliam que j’adore. Ma cousine joue en l’occurence dans le clip une hĂ©roĂŻne un peu cyberpunk façon Blade Runner. Il y a plein d’inspirations de pleins de films qui nous ont inspirĂ©s pour ce clip, qui ressemble vachement au final au film de prĂ©sentation du MĂ©tavers de Mark Zuckerberg, donc c’est trĂšs drĂŽle 
 Comme on le disait, ce monde oĂč chacun a un avatar et Ă©volue dans un monde virtuel. 

« Quand tout le monde sera dans le mĂ©tavers, comment ferons-nous pour que ce ne soit pas encore un facteur d’exclusion ? »

Camille

Le mĂ©tavers, c’est finalement un certain prolongement du monde dans lequel on vit dĂ©jĂ , car cet avatar virtuel, nous l’avons dĂ©jĂ  sur les rĂ©seaux sociaux ? 

Camille : Oui. L’idĂ©e du MĂ©tavers par exemple, c’est de pouvoir mettre tes lunettes et suivre un concert de chez toi et parler avec tes amis qui seraient rĂ©ellement, eux, dans la salle de concert Ă  ce moment-lĂ . 

Margaux : Ca crĂ©era des comportements bizarres, des gens parleront Ă  des gens qui ne seront pas physiquement prĂ©sents 
 

Cela ressemblerait un peu Ă  un don d’ubiquitĂ© finalement ? Pouvoir ĂȘtre dans deux endroits Ă  la fois 
 

Margaux : C’est dĂ©jĂ  un prolongement de la situation oĂč tu es sur trois conversations Ă  la fois sur ton tĂ©lĂ©phone. MĂȘme s’il y a plein d’autres idĂ©es dans le mĂ©tavers qui se situent dans ce prolongement lĂ . 

Camille : Ce qui m’inquiĂšte personnellement c’est que, quand tout le monde sera dans le mĂ©tavers, comment ferons-nous pour que ce ne soit pas encore un facteur d’exclusion ? Tout le monde est obligĂ© d’avoir Internet aujourd’hui, par exemple, ou smartphone. Je ne trouve pas ça normal. Et ce que Margaux a montrĂ© dans son mĂ©moire dont nous parlions avant, c’est que toutes ces innovations ont Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©es au dĂ©part comme des cadeaux auprĂšs de la population. Alors qu’in fine cela devient des obligations sociales que de possĂ©der ces innovations, et Ă©galement des moyens de contrĂŽle.

Margaux : Ce sont des sortes de « chevaux de troie”. Au dĂ©part tu rĂ©sistes, et puis Ă  un moment donnĂ©, on te prĂ©sente toutes ces choses comme de super cadeaux et puis tu cĂšdes. J’ai aussi l’impression que depuis les annĂ©es 60, il y a des critiques envers ces nouvelles technologies; la tĂ©lĂ©vision d’abord, par exemple. Mais aujourd’hui, j’entends moins ces critiques, ces railleries contre la technologie. Alors que je pense qu’il y aurait de la place pour une critique sensĂ©e et ironique. 

Camille : Je pense que ces critiques sont en partie Ă©crasĂ©es en ce moment face Ă  ce “bulldozer” qu’est devenue l’avancĂ©e technologique. 

Pour en revenir Ă  votre processus d’écriture et de composition, comment savez-vous que vous avez fini une de vos chansons ? Ou au moins sa maquette. 

Camille : Je dirais qu’il y  a un moment oĂč on sent qu’on a plus rien Ă  rajouter. 

Margaux : Personnellement, je suis trĂšs vite persuadĂ©e que la maquette d’une chanson est terminĂ©e. Je n’ai pas du tout de problĂšme pour considĂ©rer que j’ai fini. AprĂšs, concernant la rĂ©elle finition de la chanson, c’est-Ă  dire aprĂšs le mix et le master, c’est une autre histoire.

Camille : Pour moi, une chanson, et surtout Ă  l’heure des moyens audio possibles aujourd’hui, ce n’est plus seulement un texte, des accords 
 Je dirais donc qu’une chanson est terminĂ©e quand le master est fini. Aujourd’hui, on peut faire tellement de choses avec le son, il y a tout un un tas de techniques au mix et au master que ça peut rĂ©ellement bouleverser un morceau. Il y a des artistes tellement forts au mix par exemple, que cela fait pour moi partir de la composition intrinsĂšque de leurs morceaux. 

Margaux : En tout cas une chanson est complĂštement finie pour nous quand on a terminĂ© nos compromis, quand on est en train de pinailler sur un dĂ©tail minuscule qui nous fait alors dire qu’on est allĂ©s assez loin.

Pour finir Margaux et Camille, vous pouvez nous citer une chanson francophone de votre choix.

Camille : Je vais dire « Le chercheur d’or » d’Arthur H, dont le texte me parle particuliĂšrement. 

Margaux : Je pense Ă  « Vois le monde » d’Amour Courtois, qui a pas mal tournĂ© sur la terrasse de Schaerbeek.https://beaglerecords.bandcamp.com/track/vois-le-monde


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Écran Total x Schaerbeek Love x paru le 6 septembre 2021 (La Souterraine)

Les pistes :

1. Schaerbeek Love
2. Rayon vert
3. Écran total
4. Tu allais venir
5. La snooze
6. Finie la fĂȘte
7. Schaerbeek Love (radio edit)

Retrouvez Écran Total sur la scùne des Trois Baudets à Paris ce jeudi 10 mars : https://lestroisbaudets.com/l-agenda/gervaise-1-ecran-total-2

https://souterraine.biz/album/shaerbeek-love

https://www.instagram.com/ecran.total.musique/?hl=fr

https://www.facebook.com/ECRANTOTALMUSIQUE/

Propos recueillis par Simdo

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